Tour de France

La rencontre spirituelle et initiatique d’un beauf white trash incarné par notre Gégé national et d’un rappeur de banlieue musulman: je n’y aurai jamais cru. Et pourtant, la sauce (qui a dit samouraï ?) prend.

Dès le début, je suis choqué pas deux choses: le personnage de Gégé est too much, trop raciste et archétypal, et à l’inverse les « racailles » sont largement plus réalistes que ce que l’on a l’habitude de voir au Cinéma.

Lentement, sans que l’on s’en aperçoive ni qu’on en comprenne le génie, ce road trip en duo sur les traces de Joseph Vernet nous agrippe et nous donne envie d’y croire. Autour de l’art, de la gastronomie et des paysages hexagonaux, Rachid Djaïdani dévoile le visage de cette France idéalisée où l’électeur FN découvre les mérites du rap. Comme un beau tableau impressionniste, le spectateur ne remet pas en question cette réalité. On y croit.

Le casting y est pour presque tout: ce bon vieux Gérard trouve un rôle qui sied à son physique, et offre quelques instants de grâce et même d’humour (une grande scène de rap, et une autre de torture !); le rappeur Sadek, que je ne connaissais pas, offre une excellente prestation (le rôle de jeune taciturne n’aidant pourtant pas) et signe ainsi un premier rôle remarquable et remarqué en donnant la réplique à une légende; enfin la jeune et ravissante Louise Grinberg vient mettre un peu d’esthétisme dans tout cette testostérone.

 

Pas le genre de film que l’on reverra chez soi, mais un excellent long-métrage plein de promesses…pour le Cinéma français comme pour l’avenir du pays !

PS: littéralement incroyable, le caméo de Mos Def !

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Les Cerveaux

Ce film un est pur ovni, comme l’enfant bâtard du Saturday Night Live et d’un film de Quentin Dupieux. Le tout reposant à 80% sur la dégaine improbable (mulet et frange) du clown Galifianakis.

Le scénario, probablement écrit à la va-vite, ressemble plutôt à une succession de sketches très mal montés; cependant, le dénouement final est assez bien amené et relativement jubilatoire.

Côté casting: Galifianakis en fait des caisses et on adore ça; Kristen Wiig se bonifie avec l’âge; Owen Wilson fait à nouveau montre de sa grande capacité d’auto-dérision, à des kilomètres de Woody Allen ou Paul Thomas Anderson; Kate McKinnon, figure moins connue du Saturday Night Live, est tout simplement hilarante en femme psychopathe du héros; enfin Jason Sudeikis offre de loin la partition la plus drôle, avec lui aussi un look inoubliable.

 

En bref, un film absolument pas indispensable, complètement étrange, et relativement marrant.

PS: ne pas rater les bloopers de fin.

PS2: c’est une histoire vraie.

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Ma famille t’adore déjà !

Je vous vois venir, surtout toi Julien (souvenez-vous, il a brièvement co-écrit ces articles avec moi !): il ne fallait pas y aller. Je le sais bien. Connaître ne serait-ce qu’un peu le paysage audiovisuel français, et aller voir volontairement une coproduction Pathé / TF1 / Dany Boon: c’est du suicide. Je vous l’accorde. Mais j’apprécie l’humour de Jérôme Commandeur, alors je me berçais de l’illusion que son passage derrière la caméra pouvait être une réussite…

Fatale erreur. A la fois sur le propos, scénario bidon et humour inefficace, et sur la réalisation qui peut jalouser Camping Paradis (post-synchronisation dégueulasse, montage bâclé, entre autres…), ce film est un pur produit TF1; ainsi, une diffusion en prime time un mardi soir eût été bien plus seyante qu’un exploitation en salles.

Seul le casting est trop « quali » (notez les guillemets) pour la télé: Déborah François, Arthur Dupont, Thierry Lhermitte, Sabine Azéma, etc. En somme que des acteurs que l’on a déjà vu en téléfilm, mais réunis. L’actrice qui s’en sort le mieux est d’ailleurs Valérie Karsenti, révélée par Scènes de Ménages…c’est un téléfilm je vous dis !

Dieu merci la tronche de Commandeur, toujours aussi hilarante, sauve un peu les meubles en m’offrant quelques sourires trop épars. L’inconnue Alicia Endemann (Google Images est ton ami), brûlante et inconnue jeune allemande, vient occuper les vides en régalant les yeux.

 

Pour résumer, c’est une gênance du début à la fin (ce générique, mon Dieu). Tu m’as déçu Jérôme.

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Tu ne tueras point

Dix ans que Mel Gibson n’avait pas réalisé, après l’échec d’Apocalypto et ses nombreux « dérapages »… Quel bonheur que ce retour !

Pour tout vous dire je refusais de voir ce film car la bande-annonce annonçait un récit à l’eau de rose sur le gamin du sud devenu héros de guerre, base sur laquelle j’ajoutais l’automatique discours religieux de Mel Gibson: en somme un mauvais mélange ! Et je n’avais pas complètement tort puisque la première heure du film, complètement à chier (il faut le dire), correspond exactement à ce piètre tableau.

Et pourtant, la suite est tellement bonne qu’elle sauve le film…ce qui est rare quand on y pense ! Le film suit alors le héros lors de sa formation en camp militaire, marquée par les attaques et la lutte avec la hiérarchie, puis l’envoi au front et l’incroyable bataille de Hacksaw Ridge (le titre original du film, dont on comprend pour une fois qu’il ait été changé).

La partie entraînement, relativement classique, repose essentiellement sur la sincérité du jeu d’Andrew Garfield (très bon dans ce film) et sur le talent comique de Vince Vaughn (dans un film de guerre, qui l’eut cru ?). Mais alors cette première bataille !!! C’est tout simplement une séquence de 30 minutes sans interruption, d’une violence rare, sans musique mais aux bruitages éblouissants, en somme le premier challenger à la hauteur du débarquement d’Il faut sauver le soldat Ryan. Rien que ça, je vous jure.

On ne se souviendra que de ça. En effet la suite, bien qu’histoire vraie face à la quelle je n’ai pu m’empêcher de frissonner, s’habille trop des attributs classiques des films « héroisant » un soldat: notre héros sauve 75 personnes à lui seul, pendant 24h non stop seul sur le front, le tout sans fusil… Cela fait too much, et pourtant j’étais le premier à vibrer.

 

Le générique de fin, avec les témoignages des vétérans ayant croisé le chemin de ce grand Desmond Doss, vous assure une chialade rapide et efficace. Rien de plus émouvant qu’un homme de 90 ans qui pleure des souvenirs de plus de 60 ans.

C’est une belle saloperie la guerre, mais putain que ça fait de bons films ! A voir.

PS: à lire après, cette excellente confrontation du film et de l’histoire vraie.

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Les Animaux Fantastiques

Je ne suis pas spécialement un « fan » de l’univers Harry Potter, mais je fais partie de cette génération qui a néanmoins pris beaucoup de plaisir à lire les livres au fur et à mesure de leur sortie et n’a jamais caché son plaisir devant les films. Je ne m’attendais pas à la soirée de ma vie, mais j’étais certain de passer un bon moment; garantie déjà rarissime de nos jours. C’est exactement ce qui s’est passé !

Si le début du film effraie un peu, laissant craindre un inventaire à la Prévert d’animaux plus loufoques les uns que les autres (les créateurs ont du se faire bien plaisir !), il se mue peu à peu en une belle aventure au cœur du New-York des années folles. L’univers, tout particulièrement dans la valise du héros (vous verrez bien), est tout simplement féerique: on retrouve là toute la magie de l’univers de J.K Rowling. L’aspect graphique, porté par un David Yates désormais spécialiste et un budget de 180 millions de dollars (cela aide), est plus que propre; la 3D n’est par ailleurs pas trop gênante.

Le casting est relativement plaisant: Colin Farrell, Ezra Miller, Ron Perlman (via une motion capture incroyable !), Jon Voight, et même un incroyable guest à découvrir en fin de film ! Dan Fogler, connu quasi uniquement pour l’excellent Balls of Fury, trouve ici un rôle à la hauteur de son talent comique et offre les trop rares rires du film; Alison Sudol, inconnue, est ravissante.

Eddie Redmayne ? Très décevant. Il semble ne maîtriser qu’un seul registre, celui du « babtou » fragile toujours gêné, sans aucune nuance; le rôle principal est de fait le moins intéressant de tous !

La bande originale, pleine d’airs jazzy, est très plaisante.

 

En résumé, un excellent divertissement pour petits et grands. Sans aucun doute un meilleur film que certains Harry Potter

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Inferno

Je vais vous la faire très brève. Bien conscient qu’elle ne relève pas de « la grande Littérature », je suis néanmoins très friand de la plume de Dan Brown. Je ne peux m’en cacher, il n’y pas mieux comme lecture estivale. Alors quand Ron Howard nous pond une adaptation ratée, cela me fout en rogne.

Le début du film est interminable, entrecoupé de « visions » d’enfer lourdissimes et filmées à l’épaule; gerbe assurée. La musique du film est facilement dans le top 5 des plus bâclées de toute la carrière de Hans Zimmer, entre mélodies sans aucune originalité et musiques faussement angoissantes et/ou rythmées; seul le thème de Da Vinci Code, assez génial il faut le concéder, vient sauver le tout (il est allègrement ré-utilisé).

Tom Hanks est vieux et bedonnant; Sidse Babett Knudsen, que j’adoooooore, est ici salement « américanisée »; Ben Foster, un de mes acteurs préférés, est très limité par son rôle de méchant psychopathe/visionnaire, a fortiori puisqu’il décède dès le début du film; enfin, petite note positive, l’acteur indien Irfan Khan offre au spectateur quelques (trop rares) sourires.

 

Et je me retiens de vous parler du « réalisme », dans un film où l’OMS est plus puissante que le FBI et Interpol réunis: jets, véritable armée, pouvoir de fermer une ville entière…

En bref, un film à éviter.

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Mademoiselle

ALLELUIA ! Je n’avais pas vu un vrai bon film, hors animation, depuis Dernier train pour Busan…c’est vous dire ! Ils sont décidément bons ces coréens.

2h25 en langue coréenne et japonaise, cela pouvait faire peur. Et pourtant le magnétisme du cinéma de Park Chan-wook a fait son oeuvre et je n’en regrette rien.

Ce furent 2h25 de pure beauté, de poésie, de sensualité, le tout sublimé par une réalisation qui confine à la leçon de Cinéma tant chaque plan est maîtrisé et le montage est une dentelle précieuse. Le domaine et la maison qui servent de décor principal n’y sont certes pas pour rien, ni la qualité des costumes et maquillages, mais la photographie de Chung Chung-hoon mérite d’être célébrée.

Le scénario, à la fois relativement basique et offrant des twists auxquels nous ne sommes plus habitués, fait son office et porte à merveille le propos de cette ode à la beauté.

Toute la justesse de ce film peut être résumée à ses quelques scènes érotiques: quelle chorégraphie soignée, quelle mise en valeur des corps; quelle grâce que seul le sexe lesbien peut autoriser, débarrassé de la lourdeur masculine.

La « Mademoiselle » est interprétée par la sublime et effrayante Kim Min-hee, quand la servante est campée par Kim Tae-ri dont c’est le premier long-métrage: chapeau bas pour le casting.

 

Jusqu’au bout Park Chan-wook nous surprend, distillant humour et retournements de situations, à tel point que nous ne saurions classer ce film comme érotique sans lui faire offense.

C’est tout simplement un excellent film.

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