Logan Lucky

Steven Soderbergh, c’est un très grand qui a disparu depuis la fin de la saga Ocean’s…soit depuis 2007. Il y avait bien eu la surprise Magic Mike, petite perle au milieu de tentatives incompréhensibles.

Rater son retour au long-métrage depuis quatre ans, qui plus est avec Channing, c’était pécher.

Cela n’a pas manqué, c’est une merde. C’est le jeu ma pauvre Lucette.

Un scénario vide, resucé d’un genre éculé…par Soderbergh lui-même. « Quelle surprise, les bouseux ne sont pas si débiles… ».

Du coup on se retrouve face à un sacré gâchis d’acteurs : Adam Driver et Daniel Craig s’amusent à casser leur image (respectivement Kylo Ren et James Bond, des personnages qui collent un peu à la peau) en jouant aux hillbillysSeth MacFarlane et Katie Holmes sont là. C’est à peu près tout.

 

On a rarement vu un tel manque de rythme, ce qui est bien triste venant de Monsieur Traffic et Solaris.

Jour de deuil pour un autre génie tombé au front.

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Gauguin – Voyage de Yahiti

Depuis 1990 et Robert Altman, rien que ça, les films sur Paul Gauguin se faisaient rare car…il n’y en a qu’un et c’est un énorme échec : Paradise found, avec Kiefer Sutherland. Probablement à voir !

Quoiqu’il en soit, je suis surtout venu pour Vincent Cassel ; d’autant qu’en ce lundi 18 septembre 2017, il était présent à l’avant-première parisienne du film, avec toute l’équipe. Déjà une bonne raison. Par ailleurs, j’avais apprécié la légèreté et l’invitation au voyage du précédent long-métrage du réalisateur, Mariage à Mendoza.

 

Premier point positif, on entre immédiatement dans le vif du sujet : là où je m’attendais à une longue et pénible traversée des océans, ponctuée d’accident et de maladies, on passe en fait directement des quais de Seine à la hutte tropicale.

A l’image de cette surprise, ce film n’est jamais là où je l’attendais : venu voir un film d’aventurier, d’artiste sauvage, j’ai finalement découvert une double histoire d’amour pour une femme et pour une île.

Cette femme, héroïne malgré elle, mon Dieu qu’elle est belle ! Littéralement échappée d’un tableau du postimpressionniste, Tuheï Adams était également présente dans la salle hier ; et moi j’étais subjugué.

Le tout donne un film beau et contemplatif, aux accents malickiens (comment ne pas penser à son Nouveau Monde) bien que le paysage soit bien moins sublimé, bien aidé par l’impeccable partition du maestro Warren Ellis.

 

Naturellement, c’est inhérent à ce genre, il y a des longueurs ; sur les vingt dernières minutes j’ai bien failli arrêter une bien piètre opinion de ce film. Puis est survenu un moment de grâce indicible, face-à-face final entre les deux protagonistes, d’une beauté rare et révélant toute la profondeur du jeu de Cassel (au-delà de ses grimaces à la De Niro ou de ses haussements de ton légendaires).

Tout comme Jean-Pierre avant lui, Vincent Cassel est un très grand : un de ceux qui vous justifie un film de cent minutes en dix secondes.


Petit Paysan

Si un de mes meilleurs amis n’avait pas participé à ce film, serais-je tout de même allé le voir ? Il me semble que oui : le citadin « malgré lui » que je suis ne connaissant que trop peu le quotidien des agriculteurs d’aujourd’hui, si ce n’est quand ils viennent déverser leur lait sur nos places publiques.

Au-delà d’un bref tableau de la vie paysanne au XXIème siècle, dont je fais confiance au réalisateur (fils d’agriculteur) sur sa véracité, j’ai découvert un film plein de tensions magnifiquement porté par Swann Arlaud (Michael Kohlhaas, Ni le ciel ni la Terre) qui a manifestement appris tous les gestes du métier (la traite, baguer les vaches et un petit veau déchaîné, prendre leur température, etc…impressionnant) qu’il réalise sans difficulté. Son physique de germanopratin fatigué (sosie du chanteur Raphaël, non ?), avec ses grandes poches sous les yeux et son regard noir, en fait un choix parfait pour un paysan misanthrope emporté par la folie.

On apprécie également le reste du casting : Isabelle Candelier, que j’adore ; mais aussi brièvement Bouli Lanners et même le grand-père du réalisateur qui interprète un adorable petit vieux.

Persécuté par sa paranoïa puis par le cercle vicieux dans lequel il s’enferme pour sauver son troupeau, le personnage principal incarne à lui seul le monde paysan démuni face à la Cassandre des temps modernes qu’est Internet et plus généralement face au reste du Monde. L’ambiance se fait de plus en plus lourde, dévoilant un film d’un genre nouveau : le thriller paysan !

 

Je m’attendais à une énième (bien qu’intéressante) chronique de l’agriculteur français au XXIème siècle, j’ai découvert un petit film sociétal ET de genre ; à la fois empreint de tristesse, voire d’une forme de nostalgie (l’ancien paysan face à la ferme 100% robotisée), et pleine d’énergie comme en atteste l’utilisation impeccable d’Actin’ Crazy par Action Bronson.

Un film original.


120 battements par minute

Grand Prix du Jury à Cannes 2017, célébré à Cabourg, sujet fort s’il en est (le SIDA dans les années 90) : c’est LE film du moment.

Je n’ai jamais eu « l’esprit militant » ; ainsi, le début du film qui alterne réunions hebdomadaires et actions chocs de l’association Act’Up-Paris, m’a paru de prime abord un peu long. Ce n’était en fait que le premier acte d’un film brillamment construit.

Ce long-métrage de 140 minutes (aucune longueur cependant) est un manifeste du militantisme, avec ses contradictions et ses moments de remise en question ; c’est également un film sur le SIDA, sur les pouvoirs publics face aux défis de santé, sur la maladie en général. Sur la mort.

Le découpage scénaristique, de la langueur des débats au début à la lente montée du drama, est une véritable leçon dictée par Robin Campillo (Les Revenants, le film qui a inspiré la série, Eastern Boys). Les 45 dernières minutes sont autant de coups de poings au ventre : on ne sort pas indemne de ce film.

L’absence presque totale de score (la musique se compose de quelques synchros, dont l’excellent Smalltown Boy de Bronski Beat), ainsi que l’ultra-réalisme du propos et de la réalisation, offre un canevas à la hauteur du talent des comédiens. On notera notamment la prestation bluffante de l’argentin Nahuel Pérez Biscayart, que l’on retrouvera la semaine prochaine dans Au-revoir là-haut, ainsi que celle d’Arnaud Valois.

 

Enfin c’est un film nécessaire, à de nombreux titres. Tout d’abord pour ne pas oublier que certains états de fait qui nous paraissent acquis sont en vérité le fruit d’un militantisme acharné, souvent considéré à son époque comme criminel. Il est ici d’autant plus fort que ses acteurs sont littéralement en train de dépérir.

C’est également l’occasion de rappeler à ma génération, biberonnée à la prévention (grâce aux militants susmentionnés), que le SIDA tue encore et que les préservatifs sont encore et toujours d’actualité.

 

Une indispensable claque dans votre gueule.


Hitman and Bodyguard

Honnêtement ce film n’avait que peu d’arguments pour me séduire : bande-annonce vue et revue, scénario qui sentait le carton, et ne parlons pas du titre « traduit »…en anglais (titre original : The Hitman’s Bodyguard).

Les premières minutes confirment mes craintes car rien ne va : Gary Oldman a un accent russe immonde, les effets visuels sont bâclés, et Ryan Reynolds offre une pâle imitation de Tom Cruise dans Mission Impossible. Et puis, et puis, le miracle.

Dès l’apparition du génialissime, du dieu, j’ai nommé Monsieur Samuel L. Jackson, tout s’éclaire. Ce film est une énorme farce second degré, ou tout le monde joue d’autodérision (à l’image du dieu précité qui n’a jamais aussi souvent prononcé les mots « Motherfucker », « Bitch », et autres pépites fleuries).

Tout ce que j’avais pu prendre pour des erreurs ou du je-m’en-foutisme étaient en réalité de brillantes caricatures du genre action/buddy movie et de tous ses codes : les poursuites sont exagérément longues et destructrices (Justin Lin si tu nous entends…), les bastons sanguinaires, et les musiques clichées. La soundtrack, d’ailleurs, est particulièrement efficace et relativement originale (entendez par là pas du Queen et du Bowie à toutes les sauces ; spéciale dédicace à Atomic Blonde).

Ce film est une véritable comédie, portée par un duo qui fonctionne à 200% et formé par deux très bons comiques : Jackson fait du Jackson et mon Dieu que c’est bon ; Reynolds fait plus ou moins le babtou fragile, avec une touche de Deadpool badass, et on en redemande. Imitation de son comparse en bonus, à voir !

 

Voilà, ma bonne surprise de l’été est une comédie américaine d’action à 30 millions de dollars. Qui l’eût cru ?


Atomic Blonde

Dès l’introduction de ce film, plutôt catchy, on comprend ce qui nous attend : sur éternel fond de guerre froide, une histoire d’espionnage bâclée donnera le prétexte à des scènes de combats répétitives ambiancées par la même bande-originale années 80 que tous les films depuis Les Gardiens de la Galaxie. Saloperie de recette du succès.

« Mais non mais non », nous dit-on, « l’héroïne est une femme ! ». Révolution s’il en est…la « femme forte » en question se bat comme personne, certes, mais cela ne l’empêche pas d’être perdue par sa sensibilité et ses sentiments ; pour une femme, car naturellement une femme qui a des c**illes aime forcément les femmes. Voilà pour l’originalité et le renouveau de l’image de la femme.

Côté narration ce n’est pas dingue non plus : un interrogatoire sert de fil rouge, l’histoire se déroulant lentement en flashbacks. Wow ! L’intrigue est probablement suffisante pour faire un excellent comic (en effet le film est adapté de The Coldest City), mais pour un long-métrage de près de deux heures c’est un peu short.

Seul réconfort, le passé de cascadeur du réalisateur David Leitch (dont c’est le premier long, qui sera suivi en 2018 de Deadpool 2) offre une bien belle séquence de baston dans un escalier, entre Charlize Theron et tout plein de soviétiques très méchants.

James McAvoy joue un rôle d’un vide intersidéral et d’une prédictibilité insondable ; la fadasse Sofia Boutella interprète la bien brave française un peu coconne mais finalement pas tant que ça, oh mon dieu quelle surprise ; Til Schweiger passe.

 

En bref un beau petit rejeton hollywoodien sans aucune saveur, qui aura pour seul mérite d’utiliser non pas une fois mais deux le classique 99 Luftballons, ce qui n’est pas rien vous en conviendrez.


La Planète des Singes : Suprématie

Les deux premiers films de cette nouvelle saga, bien que produits aux petits oignons et visuellement impeccables, n’avaient pas la trempe scénaristique du film de 1968 avec Charlton Heston ni même (n’en déplaise à ses nombreux détracteurs) le charme discret de l’adaptation de Tim Burton. Des films divertissants, sans plus en ce qui me concerne. Mais alors là ! Ce troisième opus frise la perfection.

Dès l’ouverture, tout est fait avec distinction : le bref rappel des faits, incluant en gras les noms des deux premiers opus de la trilogie. Puis, instantanément, une première immersion dans le combat côté humains ; ultra réaliste, on se croirait dans Du sang et des larmes version singes méchants.

 

La vraie force de ce film, au-delà d’une motion capture toujours plus aboutie (une seul expression faciale d’un singe, voir même seulement son regard, suffisent à exprimer une large palette d’émotions ; bluffant), c’est son excellente construction scénaristique : le déroulement des étapes est précis et parfaitement espacé, on distingue clairement plusieurs actes dans la narration, le tout dans un film dont on connaît déjà l’issue (en effet cette saga est un prequel du film original). Chapeau.

Ajoutez à cela un Andy Serkis qui maîtrise désormais à la merveille son personnage de César, une petite fille apportant de très belles scènes d’interaction singe/humain (excellent article ici), une très efficace bande-originale signée Michael Giacchino (saga des Medal of Honor, A la poursuite de demain, etc…), un Woody Harrelson au potentiel de psychopathe utilisé à 100% : vous obtenez un des rares cas où le dernier opus d’une trilogie/saga est le meilleur !

 

A voir, et à revoir très vite en blu-ray.

PS : seul bémol, comment un cheval peut-il supporter un gorille de près de 300 kilos sur son dos ?