Amis publics

Je vous vois venir: « Pourquoi insiste-t-il, n’a-t-il donc pas tiré les leçons des calvaires Babysitting 2 et Les Tuches 2 ? La question est légitime, mais je me suis laissé attendrir par la présence de toute l’équipe à cette avant-première d’un film tourné entièrement à Lyon (ville que je découvre depuis peu).

C’est l’histoire d’un mec (Kev Adams) et de ses potes qui vont vouloir réaliser le rêve de son petit frère atteint d’un cancer (développé après l’explosion d’une usine dans Lyon, magnifiquement nommée « L’usine Pétrochimie »), braquer une banque; évidemment, tout ça va partir en vrille. Alors je vous rassure, le scénario est aussi banal que ce mini pitch; les vannes, car n’oublions pas que c’est une comédie, ne valent pas grand chose non plus.

Mais évidemment avec une cause aussi noble, faire des ados malades des héros, qui suis-je pour détruire ce film ? Autant vous dire que quand, après la projection, une jeune fille chauve de 17 ans remercie l’équipe du film en pleurant à moitié…vous vous dites que cette émotion est déjà une raison suffisante de l’avoir fait.

Je ne suis pas aveuglé pour autant: ce film est très mauvais. Mais comme l’a si bien dit Kev Adams lui-même dans son intervention (le jeune de 24 ans semble avoir mûri), il était coupable de ne pas utiliser sa caution « d’humoriste des jeunes » pour une bonne cause. Vous vous doutez bien qu’il y a eu un débit interminable de banalités sur la maladie, le regard porté sur les enfants malades, la vie en hôpital, etc… Mais tout ça en fait parler, et c’est finalement le principal.

Du coup, je vais me concentrer sur ce qui est bien dans ce film.

Le jeune malade est relativement bien interprété par Paul Bartel, ce qui n’est pas une surprise puisqu’à seulement 21 ans le bonhomme a déjà une belle petite filmographie: notamment Les Géants et  Michael Kohlhaas. La présence féminine est assurée par la ravissante Chloé Coulloud, que l’on a pu (entre)apercevoir dans Gainsbourg Vie Héroïque ou L’autre Dumas; Majid Berhila, alias une moitié des Lascars Gays, est le vieux de la bande qui fait rigoler; enfin Vincent Elbaz, qui a sûrement perdu un pari pour se retrouver là, interprète le flic badass…sans plus de conviction.

En terme de réalisation, pour un premier film (Edouard Pluvieux), ce n’est pas si mal…de toute façon, après 30 secondes de présence de l’équipe, on comprend déjà que c’est le bébé de Kev Adams. En effet l’humoriste est au scénario, à la production, et en gros plan sur l’affiche alors qu’il n’est pas nécessairement le « héros » (pourquoi ne pas avoir mis Paul Bartel ? Parce qu’il n’est pas Kev…).

 

En bref je ne regrette pas ma soirée, ne serait-ce que parce que j’ai vu en personne Nicolas Gabion alias le Chevalier Bohort de Kaamelott (qui a deux lignes dans le film et n’a même pas été appelé sur scène, la tristesse) qui était accompagné de Stéphane Margot alias Calogrenant (qui n’est même pas dans le film) !

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Steve Jobs

Si le Jobs de 2013 avait été réalisé par un novice, Joshua Michael Stern, ce deuxième biopic du (co)créateur de la marque Apple est signé Monsieur Danny Boyle. Et bien il n’en est pas mieux pour autant…

Bien que celui-ci ait un budget deux fois supérieur au précédent, il réalise sensiblement les même chiffres comme vous pouvez le voir ici. Et, selon moi, ils sont de la même qualité; mais pas pour les mêmes raisons. Le premier racontait une success story pour faire rêver geeks et entrepreneurs; Boyle raconte les démons intérieurs d’un homme, qui ont rongé ses relations professionnelles et familiales.

Ici vous n’allez pas avoir des envies de conquête commerciale et d’ultra libéralisme à l’américaine, tout le film est seulement basé sur la puissance des dialogues servie par la plume acérée d’Aaron Sorkin (The social network, Le stratège). Côté photographie: rien de bien folichon, des décadrages un peu prétentieux; un « faux grain » des années 80 dans la première partie du film, associé à un montage un peu vomitif.

Côté casting c’est tout de même un cran au-dessus: Michael Fassbender fait le job, ni dans l’imitation ni dans l’hommage, mais ne méritait pas un Golden Globe pour autant et a fortiori pas un Oscar (Quoi? Il ne l’a pas encore eu ?); Jeff Daniels continue avec les rôles de quinquas tout sérieux, après Seul sur mars, à des années lumières de Dumb and Dumber ou d’Arachnophobie; Michael Stuhlbarg, que j’affectionne tout particulièrement (et pas que grâce à Boardwalk Empire hein !), est assez épatant de justesse dans le peu de temps à l’écran dont il dispose; enfin, et c’est pour moi la meilleure surprise de ce film, Seth Rogen passe véritablement de spécialiste des comédies bien grasses mais marrantes à un vrai rôle de composition (en l’occurrence celui de Steve Wozniak, rien que ça).

 

En bref on est loin d’un divertissement raplapla, c’est certain: si vous vouliez rentrer dans l’esprit du plus grand escroc/génie du XXème siècle, ce film est pour vous ! Et en même temps ce film est affublé d’un happy ending d’une banalité…

Je comprends totalement la maigre réussite de ce film mais il mérite néanmoins d’être vu, avec celui de 2013, si l’on souhaite cerner complètement le personnage.

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Les saisons

J’aime bien ces films où l’on sait exactement à quoi s’attendre, c’est reposant. Quand on prend malgré cela une énorme claque, c’est encore mieux.

J’ai passé l’intégralité des 90 minutes de ce film à me demander: « mais comment ont-ils fait ce plan ? Cette prise de son ? Cette mise en scène ? ». On ne sait jamais si le comportement des animaux est contrôlé ou pas, s’il y a ou non un être humain derrière la caméra (je pense notamment un à combat entre ours bruns adultes, à couper le souffle); parfois la prouesse est technique, comme ce travelling latéral à haute vitesse (celle d’une course-poursuite entre une meute de loups et un phacochère) qui semble ne jamais finir. Incroyable.

L’image 4K et le son Dolby Atmos (définitivement bluffant) viennent sublimer la splendeur de la nature. Vous vous en doutez, il y a bien évidemment un message écologique derrière tout cela…et encore heureux !

« L’histoire » du film, ou plutôt son fil rouge, est l’impact grandissant de l’humain sur les forêts et ce notamment depuis la fin du règne des chasseurs-cueilleurs et la sédentarisation. Le spectateur urbain que je suis, venu uniquement pour sa dose de nature, a pu être un peu déçu de cette présence humaine. Mais elle importe finalement peu.

Une des conclusions de tout cela étant le fait que le seul reliquat de nature sauvage dans notre pays se trouve en haute montagne: chose que je clame depuis toujours !

 

Avec la même force que l’excellent La glace et le ciel, ce film émerveille et fait réfléchir: si ne serait-ce qu’un spectateur reste un peu moins longtemps sous la douche ce soir, ce sera déjà une victoire.

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Spotlight

A part qu’il avait un casting en or et qu’il traitait d’une enquête, je ne savais rien de ce film. Cela m’arrive rarement et c’est assez plaisant. D’autant plus que j’ai passé un excellent moment. Et pourtant je n’aurais pas parié sur un succès en ce qui concerne une histoire de viols sur des enfants pour la catégorie meilleur lundi soir au cinéma !

La réussite de ce film est qu’il sait prendre son temps, et bon Dieu que c’est agréable ! Pas de scènes d’action, juste une enquête qui progresse tout doucement comme dans la vraie vie. Face à un énorme scandale révélé par des journalistes qui ont fini par obtenir le Pulitzer, comment ne pas penser au cultissime All the president’s men de Alan J. Pakula ?

En effet au-delà des ressemblances factuelles, ces deux films ont le (rare) mérite de réussir à ne se concentrer que sur l’enquête: à l’exception d’une très brève scène entre Mark Ruffalo et Rachel McAdams, l’intrigue ne se penche jamais sur les sentiments des enquêteurs ou des autres personnages. L’enquête, seulement l’enquête; brillant.

Tout cela ne serait rien sans un casting cinq étoiles: Michael Keaton ne pouvait pas rêver mieux pour confirmer son comeback post-Birdman; Mark Ruffalo est absolument bluffant de mimétisme (gestuelle, tics faciaux) dans le rôle d’un des journalistes les plus impliqués dans l’enquête, qu’il a d’ailleurs rencontré et « étudié » personnellement; Rachel McAdams a su renoncer à tout sex appeal pour ne pas déconcentrer le spectateur; enfin Stanley Tucci et John Slattery, deux « grands » s’il en est, viennent compléter ce glorieux tableau.

Mais le vrai pari, très réussi selon moi, c’est d’avoir choisi Liv Schreiber (connu seulement pour son rôle de Dents-de-sabre dans la saga X-Men et la série Ray Donovan) pour interpréter le jeune patron juif (l’intrigue est à Boston et l’enquête vise l’Église catholique) du Boston Globe. Il prouve ici qu’il vaut mieux que le rôle du frère de Wolverine.

 

En bref ce film vient rappeler à quel point le journalisme d’investigation peut être essentiel pour combler les lacunes de la Justice, et quel beau (mais exigent) métier il peut être. Si Bob Woodward et Carl Bernstein ont inspiré des générations de journalistes, j’espère que ce film fera à son tour éclore son lot de vocations.

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Les Tuche 2 : Le rêve américain

Certains diront que tout était dans le titre. Ils ont sûrement raison. Benêt que je suis, j’ai malgré tout défié la raison et me suis laissé tenter par une avant-première en présence des acteurs et du réalisateur. Grand mal m’en a pris.

Dieu sait que j’ai une propension folle à encaisser les mauvais nanars (non Monsieur, ce n’est pas un pléonasme) et autres déchets cinématographiques, mais j’ai atteint ma limite. Je suppose que cela relève de l’accomplissement pour Olivier Baroux. Face à un tel danger, je ne peux m’empêcher de m’exprimer comme les cinéphiles élitistes que j’ai pour habitude de fustiger.

Ce film, si tant est qu’il ne salisse pas le mot, est à la fois affligeant et dangereux. Affligeant pour son inaptitude à faire apparaître un sourire (pas un seul) sur le visage du cinéphile pas si exigeant que je suis; dangereux pour les micro-messages insidieux qu’il contient.

En effet, au-delà de la glorification du beauf (qui est le concept même du « film »), c’est la dénonciation du riche et la caution des nombreuses théories du complot (la fameuse cinquième colonne, cette élite qui dirige le Monde en secret juste pour voir le pauvre mourir de faim) qui me paraît dangereuse, a fortiori face à un public aussi « fragile ». Loin de moi tout jugement de valeur, j’entends par « fragile » ce public qui cherche un divertissement non exigeant intellectuellement, et qui va bien gober tout ce que le « réalisateur » (je t’aimais Olivier, putain !) aura voulu faire passer en scred.

 

Je ne parlerai même pas des décors ultra cheap (des meubles de grand-mère de la Creuse dans ce qui est sensé être un palace à Beverly Hills, ça craint) et des incohérences scénaristiques; notez-bien l’insulte au concept même de scénario.

 

En bref, j’ai passé les pires 94 minutes de ma vie; 94 minutes que je ne récupèrerai jamais. Aucune chance.

Rien que pour ça: chers Tuche, je vous hais.

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Creed: L’Héritage de Rocky Balboa

Rocky Balboa avait essayé de prolonger la saga avec un boxeur trop vieux; ce film réussit le tour de force de lui rendre hommage avec un jeune Creed. Ce nom sacré pour les fans de la saga, dont je fais partie: d’abord détesté, pour cette conservation du titre qu’il a « volée », puis adoré pour l’ami puis l’entraîneur qu’il sera pour l’étalon italien.

Ce film est un film de boxe on ne peut plus moderne, avec les défauts que cela peut impliquer (entre autres les combats beaucoup trop rythmés, au point d’être absolument irréalistes) mais la fraîcheur que n’avait pas su trouver le sixième opus précité de la plus grande saga de tous les temps. Et cela grâce à plusieurs choses.

Tout d’abord un réalisateur de talent et en pleine ascension, Ryan Coogler (remarqué dès son premier long-métrage, Fruitvale Station), là où quatre des six Rocky avaient été réalisés par Sly lui-même et les deux autres par John G. Avildsen (qui mis à part ça et Karate Kid, n’a pas fait grand chose…). Cela aide beaucoup.

Mais aussi et surtout un casting frais et brillant: Michael B. Jordan, qui de mieux? The Wire, Friday Night Lights, Chronicle, Fruitvale Station et enfin cet excellent Creed. L’ascension rêvée ! (qui a parlé des 4 Fantastiques?!) Bien que parfois un peu monochrome (le jeune énervé contre le monde, mais déterminé, mais vachement énervé quand même), il assure dans ce rôle qui a tout de même dû lui mettre une sacrée pression. On notera par ailleurs son hallucinante prise de masse musculaire, qui ne fait que s’accentuer au fil du film.

Mon Sylvester Stallone adoré n’a absolument pas volé son Golden Globe du 10 janvier dernier, qui prend des airs de récompense d’honneur pour toute la saga: on le sent beaucoup plus mûr que dans Balboa, beaucoup plus posé et sûr de son jeu d’acteur (comme on peut le voir dans la scène très émouvante du vestiaire).

 

Enfin le troisième acteur de ce film est la bande originale qui d’un côté fait d’excellents choix modernes, comme The Roots, Nas, Joey Badass ou encore du bon vieux Tupac, et de l’autre fait monter la sauce avec des bribes du thème original de Bill Conti (Gonna fly now)…jusqu’à ce qu’il arrive pour de vrai? Vous entendrez.

 

Si j’avais su qu’un jour je reprendrai un tel plaisir devant un nouveau Rocky ! Parce que oui, c’en est un. Il n’y pas de plus beau compliment pour un film de boxe.

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Les huit salopards

Un nouveau Tarantino, ça titille toujours un peu; et pourtant là, je ne sais pas si c’est le 70mm ou autre chose, mais j’avais un mauvais pressentiment. Confirmé.

La mégalomanie du réalisateur américain atteint des sommets: outre des plans interminables de paysages enneigés pour bien montrer qu’on s’est fait chier à tourner en pellicule 70mm, il va même jusqu’à utiliser sa propre voix pour narrer un intermède et afficher dans le pré-générique « Le huitième film de Quentin Tarantino« . La simple durée du film, 167 minutes (oui monsieur, presque trois heures), est un gage de cet amour propre tant le scénario ne la nécessitait pas.

De toute façon quand, face au film d’un « grand » réalisateur, le public ne réagit que lorsque Samuel L. Jackson dit des gros mots ou quand une tête explose en gros plan: il y a clairement un souci. Ce génie de Jackson, justement, à qui je dois de ne pas m’être endormi à plusieurs reprises. Quand je vous disais qu’on ne croit pas à un Tarantino

En ce qui concerne le reste du casting: Kurt Russell est impeccable et carrément badass, rien à redire; Walton Goggins joue toujours son rôle de gentil benêt hillbilly; Tim Roth est relativement bon hors de son domaine habituel, mais sous-exploité; et enfin Michael Madsen, dont il faut avouer que la filmographie est effrayante sans les films de Tarantino, a pris un sacré coup dans la gueule. A noter, un acteur mystère (plus tant que ça, il est sur la page Wikipédia du film) et inattendu joue un rôle important mais révélé seulement à la fin…

 

Je ne peux pas parler de déception car je savais que ce film ne serait pas à la hauteur de son réalisateur; ou devrais-je dire feu son réalisateur, car il ne m’a pas réellement transporté depuis Kill Bill

PS: oui, cette affiche est mille fois mieux que celle utilisée pour la promotion.

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