Kubo et l’armure magique

Par une nouvelle forme de teasing, la savante dissémination d’images illustrant la fabrication de ce film en stop-motion, ce film m’a irrésistiblement attiré vers lui depuis près de deux mois ! Je suis loin d’être déçu.

Quelle poésie, quelle incroyable aventure, quelle immense exploit que ces 102 minutes d’animation ! Tout y est: humour, poésie, hommage à la culture japonaise (sans en faire des caisses), images féeriques…les mots me manquent. Les personnages sont d’un réalisme fou (mon dieu, les mouvements des yeux et des cheveux au vent !), juste assez pour transmettre des émotions tout en conservant une allure « enfantine ».

Je le dis à chaque fois, mais cette fois encore plus: il faut voir ce film en version originale. Vous ne pouvez pas passer à côté de Matthew McConaughey (c’est si bon d’avoir sa voix dans ce film, cerise sur le gâteau !), Charlize Theron, Ralph Fiennes, George Takei et Rooney Mara. No no.

 

La tortue rouge était sublime de minimalisme; Kubo réussit un pari encore plus fou en offrant à la fois une aventure, avec des personnages drôles et attachants, et une poésie sans fin.

Un immense bravo à Travis Knight, dont c’est le premier long comme réalisateur, ainsi qu’à tous ces animateurs.

PS: ne manquez pas le générique de fin, qui vous donne un savoureux avant-goût du making-of.

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Les sept mercenaires

Film que je pensais attendu…et c’est pourtant une (petite) salle à moitié vide qui m’attendait, pour une avant-première qui plus est.

Et puis j’ai compris…quel nanar ! Antoine Fuqua sait en faire de très bons, comme le cultissime La chute de la maison blanche. Je ne sais pas si c’est autant assumé ici, mais je préfère y croire tant j’apprécie le réalisateur de Shooter ou Les larmes du soleil.

Car tellement de choses sont de travers: un méchant plus que caricatural, presque de bande-dessinée, incarné sans saveur par Peter Sarsgaard; des paysages clairement réalisés numériquement et honteusement bâclés (sans déconner, à plus de 100 millions de dollars tu pouvais pas claquer un cinémascope ou une IMAX pour filmer des vrais canyons ?!! Le plan final du film est un pur scandale); des incohérences à la fois techniques, physiques si vous préférez, et de réalisation (personnage qui regarde quelqu’un qu’il ne peut pas voir); des scènes d’action d’un prévisible…; et enfin des spectateurs débiles ou très fatigués, hilares pour un rien et surtout dans les rares moments ou la piètre mise en scène essaye de nous émouvoir. Cela n’aide pas.

Côté casting: Denzel reste le grand Denzel, qui pourrait rester classe et digne même dans Sharknado 15Chris Pratt montre les limites de son jeu en offrant un copié-collé de son personnage des Gardiens de la Galaxie (la mise en scène et le personnage jouant aussi pour beaucoup là-dedans); Vincent D’Onofrio campe un rôle ultra chelou d’homme-ours poète, seule touche d’originalité dans ce film; la belle Haley Bennett fait son retour, après Equalizer et Hardcore Henry.

Ah oui, il y a un chinois avec des couteaux aussi; normal quoi.

 

En bref un film plus que décevant, tout du moins pour ceux comme moi qui attendait quelque chose de cet énième « remake » des Sept Samouraïs.

Passez votre chemin…

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Victoria

Virginie Efira, Vincent Lacoste, bande-annonce speed avec petite musique d’ambiance…vous la voyiez venir la grosse comédie romantique ? Moi oui, et pourtant c’est un mensonge de marketing supplémentaire.

Car en effet ce film va beaucoup plus loin, cherchant (ou parvenant) à offrir d’authentiques moments de tendresse ou d’abattement. Bien loin d’un 20 ans d’écart bis, Justine Triet offre ici ce que l’on appelle communément une « comédie dramatique ».

Dès l’introduction, mariage étrange qui se fond dans le générique d’ouverture, on sent que ce film va être spécial. Et puis finalement pas tant que ça, le personnage d’Efira étant un des plus vus au cinéma ces dernières années: la mère seule, généralement avocate (pénaliste évidemment, ou éventuellement une autre profession libérale), évidemment bien gaulée mais perdue sexuellement pour une raison obscure. Sophie Marceau dans Un bonheur n’arrive jamais seul, en somme.

 

Et puis finalement le film tire son épingle du jeu, avec une belle scène de sexe par-ci et un Vincent Lacoste au top de sa forme par-là. En bonus la bande-originale est exigeante, Melvil Poupaud est amusant et Virginie Efira semble plus belle que jamais.

Enfin une bonne surprise !

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Infiltrator

Ce film étant sorti depuis près de trois semaines, je vais faire court.

Pablo Escobar est décidément à la mode; il devrait rapidement détrôner Al Capone comme malfrat préféré des réalisateurs.

L’histoire est vraie, les situations intéressantes et le final bluffant. Cependant il manque quelque chose…un peu d’ambition ?

La véritable plus-value tient dans le casting: Bryan Cranston est plus que correct; John Leguizamo, acteur fétiche de Baz Luhrmann et accessoirement un de mes petits chouchous, prouve une fois de plus qu’il mérite amplement ce premier rôle qui semble ne jamais arriver; le petit prodige anglais Joseph Gilgun, dont je suis absolument fan dans Misfits et Preacher, est aussi de la partie…mais avec un accent italo-américain (WTF); les trafiquants colombiens sont brillamment campés notamment par Benjamin Bratt (petite filmo pas dégueu, notamment Traffic, puis notoriété triplée par sa présence dans la série Modern Family) et Yul Vazquez; ah oui, il y a Diane Kruger aussi. Meh…

 

Au final un bon divertissement, qui sera oublié dans trois mois. Allez quatre, y’a quand même « le mec de Breaking bad » dedans.

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The Free State of Jones

Un titre original non modifié, une histoire vraie trop incroyable pour l’être, et Matthew McConaughey pendant la guerre de sécession ? J’achète ! J’achète !

On rentre tout de suite dans le vif du sujet avec une introduction dans les tranchées de cette guerre mal connue des français, et dont l’horreur n’avait déjà aucune limite. Matthew, très amaigri (ce qui renforce le côté christique de son personnage), colle tout à fait au physique moyen de l’époque: et en effet, la ressemblance avec le vrai Newton Knight (dont on peut voir la photo à la fin) est saisissante.

La réalisation est soignée, presque léchée dans ses plans serrés caméra à l’épaule (très « Malickien » tout ça !), ce qui met en valeur les beaux paysages du Missisipi (le deep south je vous dis, toujours le deep south).

Par ailleurs cette incroyable histoire d’un homme pauvre insoumis et leader naturel, ayant su faire entendre une voix oubliée pendant la sanglante guerre civile, est l’occasion de retracer en une vie d’homme tout le combat des noirs américains. A cet égard, on note que cet agréable cours d’histoire ne prend pas le spectateur de haut, se passant de l’usuel « récapitulatif des faits » au début du film.

 

Tout cela est bien beau…et pourtant, quelque chose manque. Quelque chose semble inabouti. Plus le temps passe dans la salle, plus je semble comprendre: les incohérences et l’aspect bâclé résultent du montage. Les transitions trop rapides ou improbables, le déroulement chronologique chaotique, autant d’indices qui semblent indiquer un trop plein d’images qui a mené à un montage à la va-vite.

Pétris de bonnes intentions, les artisans de ce film ont voulu appréhender tous les aspects de cette histoire incroyable. La version finale du film s’étalant sur 140 minutes, je n’ose imaginer la durée du premier montage… Nous en saurons peut-être plus sur le DVD.

Quoiqu’il en soit, ce film n’a pas su convaincre aux Etats-Unis: 21 millions de dollars de recettes pour un budget de 50 millions de dollars. Ouch.

 

Ce film, même avec ses défauts, mérite au moins de rentrer dans ses frais et a fortiori de faire une belle carrière en DVD. Il n’y a plus qu’à prier pour une version longue ! Car Matthew est si bon.

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Comancheria

Quel mix tentant ! Taylor Sheridan (mais oui, le flic de Sons of Anarchy !) à l’écriture, comme sur l’excellent Sicarioet David Mackenzie (Perfect Sense et Les poings contre les murs, cette petite perle) à la réalisation.

Je n’ai pas été déçu ! Sur fond de crise financière au Texas (pas si éloigné finalement du Deep South qui fascine tant les réalisateurs actuels), cette histoire de casse et de vieux flic en fin de carrière présente un charme certain.

Pas de doute, l’image est léchée: réalisation minimaliste, paysages désertiques sublimés par le CinemaScope. C’est beau, même si l’on déplore une construction des plans parfois volontairement un peu trop académique (parallélisme des scissions de plans dans les dialogues, notamment). Seul autre défaut notable, le titre français qui occulte le beau titre original: Hell or High Water. Je chipote.

Bonne pioche côté casting: Chris Pine semble avoir mûri et livre sa première prestation « indé »; Ben Foster a grossi au point de ressembler à un Benoît Poelvoorde des grands jours, ce qui sied parfaitement à ce rôle de grand frère barjo; Gil Birmingham s’offre une émancipation cinématographique de la saga Twilight, qu ‘il mérite amplement; et enfin Jeff Bridges interprète à merveille le vieux lone ranger à qui on ne la fait pas deux fois (« Crazy Heart style »), simultanément grand-père idéal et flic ultra badass. On t’adore mon Jeff.

 

Ajoutez à la recette une BO orchestrée par Nick Cave, un duo de flics empâtés mais bien marrants, et un dialogue final qui vous laisse sans voix: vous obtenez un film probablement oublié dans 10 ans, mais qui vaut le coup de sortir et de payer sa place !

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Mechanic: Resurrection

Dennis Gansel est un magicien: après avoir réussi à nous surprendre avec La vague, il réussit l’impossible en faisant disparaître quarante millions de dollars sous nos yeux ébahis par tant de médiocrité visuelle.

J’ai rarement vu, à part dans des straight to dvd (généralement avec Steven Seagal dedans), des effets visuels aussi pourris combinés à un aussi gros casting: Jason Statham, Jessica Alba, Michelle Yeoh et Tommy Lee Jones. Les explosions sont ridicules, certaines scènes d’action laissent presque entrevoir le fond vert et pire encore, la plupart des dialogues entre Alba et Statham ont clairement été enregistrés séparément (les champs-contrechamps grossiers et en gros plan sont absolument ridicules). Et je ne vous parle même pas du respect des règles de la physique: dès la première scène, le « flingueur » saute sur un parapente. Oui oui, un parapente.

Le scénario ? Une insulte au mot scénario. Le gros premier tiers du film est une longue attente sur une île déserte avec Statham et Alba, enfin pas vraiment ensemble du coup…

 

J’ai clairement la flemme d’aller plus loin. Le seul intérêt de ce film réside dans le look de Tommy Lee Jones, malheureusement dévoilé dans la bande-annonce (et sur cette affiche visiblement): petites lunettes rondes et fumées, petit bouc d’un autre temps, et surtout boucle d’oreille à la Bernard Lavilliers. Absolument sublime.

Climax de la perfection: la scène du zodiac. Tut tut tut, vous verrez.

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