Atomic Blonde

Dès l’introduction de ce film, plutôt catchy, on comprend ce qui nous attend : sur éternel fond de guerre froide, une histoire d’espionnage bâclée donnera le prétexte à des scènes de combats répétitives ambiancées par la même bande-originale années 80 que tous les films depuis Les Gardiens de la Galaxie. Saloperie de recette du succès.

« Mais non mais non », nous dit-on, « l’héroïne est une femme ! ». Révolution s’il en est…la « femme forte » en question se bat comme personne, certes, mais cela ne l’empêche pas d’être perdue par sa sensibilité et ses sentiments ; pour une femme, car naturellement une femme qui a des c**illes aime forcément les femmes. Voilà pour l’originalité et le renouveau de l’image de la femme.

Côté narration ce n’est pas dingue non plus : un interrogatoire sert de fil rouge, l’histoire se déroulant lentement en flashbacks. Wow ! L’intrigue est probablement suffisante pour faire un excellent comic (en effet le film est adapté de The Coldest City), mais pour un long-métrage de près de deux heures c’est un peu short.

Seul réconfort, le passé de cascadeur du réalisateur David Leitch (dont c’est le premier long, qui sera suivi en 2018 de Deadpool 2) offre une bien belle séquence de baston dans un escalier, entre Charlize Theron et tout plein de soviétiques très méchants.

James McAvoy joue un rôle d’un vide intersidéral et d’une prédictibilité insondable ; la fadasse Sofia Boutella interprète la bien brave française un peu coconne mais finalement pas tant que ça, oh mon dieu quelle surprise ; Til Schweiger passe.

 

En bref un beau petit rejeton hollywoodien sans aucune saveur, qui aura pour seul mérite d’utiliser non pas une fois mais deux le classique 99 Luftballons, ce qui n’est pas rien vous en conviendrez.


La Planète des Singes : Suprématie

Les deux premiers films de cette nouvelle saga, bien que produits aux petits oignons et visuellement impeccables, n’avaient pas la trempe scénaristique du film de 1968 avec Charlton Heston ni même (n’en déplaise à ses nombreux détracteurs) le charme discret de l’adaptation de Tim Burton. Des films divertissants, sans plus en ce qui me concerne. Mais alors là ! Ce troisième opus frise la perfection.

Dès l’ouverture, tout est fait avec distinction : le bref rappel des faits, incluant en gras les noms des deux premiers opus de la trilogie. Puis, instantanément, une première immersion dans le combat côté humains ; ultra réaliste, on se croirait dans Du sang et des larmes version singes méchants.

 

La vraie force de ce film, au-delà d’une motion capture toujours plus aboutie (une seul expression faciale d’un singe, voir même seulement son regard, suffisent à exprimer une large palette d’émotions ; bluffant), c’est son excellente construction scénaristique : le déroulement des étapes est précis et parfaitement espacé, on distingue clairement plusieurs actes dans la narration, le tout dans un film dont on connaît déjà l’issue (en effet cette saga est un prequel du film original). Chapeau.

Ajoutez à cela un Andy Serkis qui maîtrise désormais à la merveille son personnage de César, une petite fille apportant de très belles scènes d’interaction singe/humain (excellent article ici), une très efficace bande-originale signée Michael Giacchino (saga des Medal of Honor, A la poursuite de demain, etc…), un Woody Harrelson au potentiel de psychopathe utilisé à 100% : vous obtenez un des rares cas où le dernier opus d’une trilogie/saga est le meilleur !

 

A voir, et à revoir très vite en blu-ray.

PS : seul bémol, comment un cheval peut-il supporter un gorille de près de 300 kilos sur son dos ?


Valérian et la Cité des mille planètes

Rarement un film français aura-t-il été aussi mondialement attendu ; quelle que soit votre opinion de Luc Besson, tout bon cinéphile se doit de suivre la vie commerciale du film français le plus cher de l’histoire.

Les critiques américaines, extrêmement mauvaises, pleuvent depuis plusieurs semaines déjà…d’aucuns y voient la confirmation de l’échec qu’ils annonçaient depuis des mois, d’autres y voient la jalousie des américains qui n’aiment pas ce frenchy s’aventurant sur leur terres.

Laissez-moi vous dire qu’il n’en est rien : les américains ont été aussi durs car…des films comme Valérian, c’est-à-dire écrits avec les pieds mais (soit-disant) pleins d’actions, il en sort à peu près 30 par an aux Etats-Unis ! Même pour eux c’est un film cher, seulement les ricains savent généralement faire quelque chose de leur argent.

Ici, le magicien Besson a réussi à savamment dissimuler 200 millions d’euros : où est l’argent ? OU EST L’ARGENT ?!

Les plans 100 % numériques ne sont pas si nombreux et sont surtout loin d’être bluffants ou originaux (fans de Star Wars, plagiat à tous les tournants !), mais surtout 85% du temps les séquences sont des dialogues au milieu de décors en carton pâte ! Ce n’est même pas beau.

Honnêtement je pense que Besson s’est construit une villa quelque part, autrement je ne vois pas… Pour 65 millions de dollars de moins, vous avez tout simplement Interstellar. Si si, je vous jure. Pour 30 millions de dollars de moins, vous avez 2012, pour 90 millions de dollars de moins Armageddon…etc, etc. Un scandale. La pire production value de tous les temps.

 

Ah oui sinon sur le reste : elle est souvent en haut de bikini, c’est déjà ça à défaut d’être actrice ; il joue le même rôle que dans Chronicle et Spider-man (le mec n’est donc pas acteur, mais juste dépressif) ; Clive Owen et Ethan Hawke sont venus cachetonner, et Rihanna est encore moins marquante que dans Battleship.

 

L’arnaque de la décennie ? On peut le dire oui…


Dunkerque

Que cela plaise ou non, Christopher Nolan est l’un des plus grands réalisateurs de son temps. Après avoir réinventé le film de super-héros et redéfini le genre spatial, a-t-il su relever le défi ô combien casse-gueule du film de guerre historique ?

C’est bien cette question qui excite depuis presque deux ans tous les cinéphiles de la planète ; les premières critiques, criant au génie, n’ont fait que rajouter à la hype. Alors, chef d’oeuvre ?

 

La scène d’introduction pose le parti-pris et la « recette » de ce nouveau long-métrage : ambiance sonore ultra présente et dialogues quasi-inexistants, asymétrie temporelle de la narration (maîtrisée s’il en est, cf. Memento), allers-retours plans larges/plans serrés. Que du bon.

Le tout met le spectateur dans la peau, et donc l’angoisse, des différents protagonistes : soldats pris au piège, aviateurs confinés, civils hésitant entre bravoure patriotique et…leur vie. Trois destins sur trois échelles temporelles, naturellement inter-connectés et voués à se retrouver à la fin.

 

Le premier acteur de ce film est selon moi le son : la bande-originale lancinante et angoissante d’Hans Zimmer, couplée aux sons infernaux des Stukas en piqué et aux sifflements des balles, crée une tension que le spectateur ressent physiquement de la première à la dernière seconde. Brillant.

A l’image, les tons chauds (sublimés par le 70 mm, exclusivement au Gaumont Champs Elysées en ce qui concerne la région parisienne) contrastent avec le stress ambiant en donnant l’impression d’une éternelle fin d’après-midi. Dire que les plans sont léchés est un euphémisme, bien que le ratio contemplation/action ne soit pas non plus celui de La ligne rouge.

 

Côté casting, le génie de Nolan consiste à faire oublier les comédiens : si ce n’est Tom Hardy dont le bomber et le masque ne sont pas sans rappeler son rôle de Bane, les visages s’effacent devant la force du propos, et c’est bien ce que cherchait le réalisateur en refusant de s’attacher à des parcours individuels de soldats ayant réellement participé à la l’opération Dynamo. Là où les critiques ont beaucoup insisté sur la performance de Mark Rylance, au demeurant excellente et tout en subtilité, celles de Jack Lowden ou Kenneth Branagh m’ont tout autant marqué.

 

Est-ce un grand film ? Oui. Est-ce le meilleur Nolan ? Selon moi non, mais vu la variété des genres…chacun son préféré.

Est-ce le meilleur film de guerre de tous les temps ? Non. Le jour le plus long, Voyage au bout de l’enfer, Apocalypse Now, et tant d’autres sont clairement au-dessus. C’est néanmoins un excellent film de guerre, avec l’action d’Il faut sauver le soldat Ryan et l’exigence visuelle et artistique de La ligne rouge. En termes de références, vous avouerez qu’on peut faire pire.

Est-ce un chef d’oeuvre dont on se souviendra dans 30 ans ? A mon avis non, en tout cas moins qu’Interstellar par exemple, qui reste un de mes films préférés « of all time ».

 

Seule conclusion objective : Nolan prouve une fois de plus son génie, et ne fait que renouveler la passion que je lui porte et l’impatience de découvrir ses prochains films. Et de revoir tous les précédents, encore et encore.


Le sens de la fête

Les lendemains de succès sont toujours difficiles…avec presque 20 millions d’entrées en France et plus de 50 millions dans le Monde, Intouchables a mis une sacrée pression sur le duo Toledano/Nakache. On l’a bien vu avec Samba, qui était franchement raté. Mais deux teasers bien ficelés et un Bacri apparemment en grande forme ont suffi à me tenter.

Forcément moins touchant que dans l’excellent La vie très privée de Monsieur SimJean-Pierre Bacri n’en rappelle pas moins ici tout son génie. Encore et encore : drôle dans son éternel personnage de râleur cynique, mais capable de changer de registre en une grimace ou un regard.

C’est clairement ce grand monsieur qui porte le film, malgré quelques éclairs de génie de Gilles Lellouche en DJ ultra beauf et une excellente performance de Benjamin Lavernhe (Comédie Française oblige) dans le rôle du connard show-off.

Car dans l’ensemble, ce film souffre de nombreuses lacunes : sorte de vaudeville un peu gras, avec ses gags récurrents (au moins 4 ou 5 personnages n’ont de raison d’exister que leur running gag qui revient parfois plus de quatre fois dans le film…) et son scénario prévisible au possible. Pour couronner le tout, une musique de fond qui se veut « déstructurée » sorte de freestyle de jazz à la Whiplash…mais en plus énervé et moins maîtrisé. Bref, en pénible.

 

Au-delà de tout cela, c’est la formule Toledano/Nakache qui me pèse déjà : vous voyez ce savant mélange de bien-pensance « ethnico-religieuse ». Certes légère et bien venue en ces temps troublés, elle finit par enlever toute saveur à la moindre blague et surtout devient fort répétitive, voire contre-productive.

Pour exemple dans ce dernier film, le rôle des indiens qui ne parlent pas un mot de français et font tout « pour s’intégrer »… Drôles une fois, deux fois, et puis juste lourds.

 

Le duo va devoir se trouver un autre modèle, d’aucuns diront fonds de commerce…

 

Sortie le 4 octobre 2017.

PS : 15 millions pour un film tourné sur un seul décor ou presque, et dont le main cast est Jean-Pierre Bacri, je dis chapeau !


Ce qui nous lie

C’est un fait, les réalisateurs vieillissent mal ; enfin « mal » c’est un jugement de valeur, disons plutôt que leurs travers s’accentuent sensiblement. Cédric Klapisch ne déroge pas à la règle et, tout comme Claude Lelouch ou Costa Gavras par exemple, il fait de plus en plus dans le pathos/mélo.

C’est ici l’histoire d’une fratrie, dont un des membres exilé revient au moment où leur père décède…le tout dans l’exploitation vinicole familiale. Chaque frère/sœur a ses problèmes existentiels, mais dans la vérité du terroir vous voyez. Cela donne matière à pléthore de lieux communs, la plupart via la voix off de Pio Marmaï, du style « L’amour c’est comme le vin, cela doit vieillir » ou le jeu de mots du titre (mais si…la lie !).

Même en termes de réalisation/d’images les ficelles sont un peu grosses: les plans où les trois têtes de la fratrie sont alignées, ou encore les flashbacks d’eux enfants et a fortiori les dialogues entre Pio adulte et Pio enfant. Vu et revu.

Malgré cela on passe un bon moment hein, faut pas croire : on a envie de verser quelques larmichettes, on rigole quelques fois (excellent duo Marmaï/Civil), et on regrette un peu l’authenticité des métiers de la terre en tant que pauvres employés de bureau que nous sommes. Un Premiers crus en plus « quali » en somme.

Cela est principalement dû au casting : Ana Girardot offre une performance subtile et à fleur de peau, Pio Marmaï joue à peu près son rôle habituel de trentenaire dépassé et donc il maîtrise, et enfin François Civil affiche une maturité qu’on ne lui avait connu que trop brièvement dans Made in France ou Dix pour Cent.

 

En bref, un petit film feel good qui trouvera idéalement sa place en prime time un dimanche sur France 2.


Transformers : The Last Knight

Pas de Transformers depuis trois ans…cela devenait difficile. Grâce à ce cinquième opus, je pense être (enfin) guéri de cette saga.

Tout commence avec ce qui était sûrement une erreur technique présente uniquement dans mon cinéma pour cette avant-première : probablement en raison de la source en Imax 3D, le cadre n’a cessé de changer à chaque plan…alternant entre une espèce de 4:3 et un Imax compressé. A gerber, surtout dans un champ/contre-champ par exemple. Passons.

Ensuite vient l’introduction, et quelle introduction : la légende du roi Arthur, usurpée une fois de plus, selon laquelle cette fois les pouvoirs de Merlin l’enchanteur viennent…d’un vaisseau alien. Evidemment.

Enfin, et surtout, le montage de ce film a été réalisé par un enfant de huit ans : jusqu’à la bataille finale (pas si dégueulasse, qui dure presque une demie-heure), le découpage des séquences est absolument incompréhensible.

En bonus : un Anthony Hopkins qui fait décidément de plus en plus de mauvais choix ; un John Turturro clairement venu pour cachetonner via des apparitions inutiles ; Omar Sy en lamborghini (pas dedans hein, il joue la voiture quoi) ; un tout petit peu d’humour et encore moins d’Optimus Prime.

 

Je n’attendais pas grand chose, mais un scénario de bande-annonce et un montage de junkie épileptique ont eu raison de ma passion pour les gros robots.

Triste jour.