Captain America: Civil War

Avec Batman v. Superman, j’étais resté sur une mauvaise note côté films de super héros. Il faut dire que la surenchère n’aide pas: au moins dix films Marvel sont déjà en développement !

Malgré tout ça, et une durée de 147 minutes qui se fait par moments beaucoup trop pesante, ce film réussit son pari de divertir et de « renouveler » un tout petit peu les scènes d’action. On retrouve tout ce qui manquait au film précité: de bonnes vieilles course-poursuites, des grosses bastons qui cassent tout (ici un aéroport), et des intrigues certes faibles mais qui ont le mérite d’exister: nos héros ont de vrais débats, de vraies décisions à prendre car elles ont du sens (entendez qu’ils ne changent pas complètement d’avis quand ils entendent le prénom « Martha »).

Naturellement tout n’est pas rose: Black Panther est joué par un américain de Caroline du Sud (Chadwick Boseman, alias James Brown) qui prend ce qu’il croit être un accent africain, ultra ridicule (sans parler de la représentation des africains, forcément animistes); Daniel Brühl, que j’aime beaucoup par ailleurs, est un piètre choix pour interpréter le grand méchant qui est par ailleurs un peu mince (vous avez tué ma famille, avec des millions d’autres, donc je dois vous tuer).

Les bonnes idées: la théorie selon laquelle Spiderman a été « lancé » par Tony Starck, on adore; l’araignée en question est d’ailleurs très sympa dans ce film; Ant-man, à ma plus grande surprise, vient apporter pas mal d’humour (qui manque légèrement à ce film) et de sacrés atouts au combat ! De plus, on apprend des choses sur le passé d’Iron Man

 

Au final on a un très bon divertissement, pas exempt de défauts mais mille fois mieux que ce que la bande-annonce pouvait laisser suggérer (pire trailer de tous les temps !).

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Le livre de la jungle

Malgré une bande-annonce laissant présager des images bluffantes, je suis allé au cinéma à reculons tant j’avais peur d’un énième remake sans saveur… Pour au final trouver un projet si ambitieux et abouti que je ne comprends pas le peu de communication qu’il y a eu autour de lui !

C’est tout d’abord une énorme claque visuelle: les animaux, entièrement réalisés en CGI, sont plus vrais que nature. Les arrivées à l’écran de Bagheera et Shere Khan sont absolument bluffantes, tant les « visages » sont expressifs et les gestuelles fidèles (notamment les mouvements d’épaules des félins, bluffants). Du gigantesque roi Louie au plus petit écureuil, on sent un travail d’analyse comportementale hallucinant.

C’est aussi une très belle histoire, légèrement remaniée par rapport au dessin-animé de 1967: Kaa est désormais une femelle, Louie est beaucoup plus cruel, Baloo est parfois ultra badass… La jungle est également plus sombre, car comme l’a très bien dit le réalisateur Jon Favreau (oui, c’est improbable): « In Kipling’s time, nature was something to be overcome. Now nature is something to be protected ». Ainsi, le message de protection de la nature face à la destruction des humains est plus vivace mais sans être moralisateur.

Enfin c’est un casting vocal en or massif, vous obligeant à attraper une (rare) séance en VO: Bill Murray en Baloo, évidence absolue; Ben Kingsley pour jouer le sage Bagheera; Christopher Walken pour jouer le roi des singes Louie, à qui l’on a donné des traits si semblables que cela en devient perturbant; Monsieur Idris Elba et son accent british pour le méchant Shere Khan, parfait; et enfin Scarlett Johansson pour interpréter le perfide serpent Kaa (dont la célèbre scène est ici très stylisée, une vraie réussite), quel pari !

 

Quel beau projet que cette renaissance du Livre de la jungle, non pas uniquement avec des effets modernes mais avec un nouveau message et énormément de travail: jusqu’au magnifique générique de fin et aux chansons réenregistrées par les acteurs eux-mêmes (Walken veut être un homme comme vous ouh ouh).

A voir !

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Hardcore Henry

Ce film réussit, par sa simple existence, le miracle d’être à la fois le premier film moderne entièrement en vue subjective (moderne seulement, car d’autres y avaient pensé avant même l’invention des jeux-vidéos FPS; voir cet excellent article) et un des rares long-métrages directement inspiré de ce qui n’était qu’une petite vidéo Youtube (ici)…avant de devenir « virale ».

Un film entièrement à la première personne, filmée uniquement à la GoPro: ça sentait fortement la gerbe assurée. Et en effet les premières minutes sont un peu longues (le film, dans son ensemble, gagnerait à perdre dix bonnes minutes), le spectateur confus n’y remarquant que la faiblesse du jeu des acteurs et les limites budgétaires dans les effets visuels.

Puis le film avance gentiment et, au fur et à mesure que les bonnes idées (de réalisation et de scénario) s’accumulent, le concept prend tout son sens: en devenant un film d’action intéressant en soi, le concept de la subjectivité devient naturel et même appréciable ! Une scène d’escalade d’un bâtiment produit une véritable sensation de vertige, une simple scène de discussion en voiture apparaît comme entièrement neuve aux yeux du cinéphile le plus averti, etc…

Les cascades sont encore plus impressionnantes à hauteur d’œil humain, toutes les scènes ou presque sont des plans-séquences: un nouveau genre est né ! Croyez-moi, il y en aura d’autres.

S’ajoutent à cela de bonnes surprises: la brève apparition d’un acteur très connu, du gore dès le générique mais du gore très fun (la scène finale étant juste grandiose), et surtout de bonnes grosses doses d’humour bien senties.

 

J’étais loin d’imaginer cela en allant au cinéma grâce à une vidéo Youtube, mais ce film a de fortes chances de devenir culte une fois sorti en DVD !

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High Rise

Grand classique que le film sur la lutte des classes crystallisée dans un unique lieu à plusieurs strates: après le train de Snowpiercer, la grande tour de High Rise. L’idée est celle d’un roman des années 70 du britannique J.G. Ballard, objet d’un film avorté par l’excellent Vincenzo Natali (à qui l’on doit Cube et Splice ! Quel dommage…). C’est Ben Wheatley, dont je ne connais que le segment des ABCs of Death (à voir !), qui a finalement repris le projet…mais avec une belle flopée d’acteurs stars !

Contrairement à ce qu’on pouvait croire de prime abord, pas de SF dans ce film: tout est on ne peut plus réaliste, voire trop, et l’action se déroule manifestement pendant les 70’s (pattes d’eph, meubles design et engouement pour les grandes barres d’immeubles à l’appui). Le cœur du sujet est donc la lutte des classes et la bestialité des hommes dès que le conflit et la faim pointent leur nez.

Vous allez me dire « C’est un peu léger », et vous n’aurez pas à moitié tort mon cochon: ce film se perd dans ses effets de réalisation (plutôt pas mal, au demeurant) et semble perdre son propos; le relativement jeune réalisateur n’était peut-être pas à la hauteur d’un projet si convoité depuis longtemps. La copie est sans aucun doute à reprendre, ne serait-ce que sur le rythme (les 1h59 de cette version eurent tout à fait délivré le même propos en une heure et demie).

Le casting, de premier choix, pâtit de cette longueur des séquences: néanmoins Tom Hiddleston réussit une prestation honnête (très souvent peu habillé, pour vous mesdames); Jeremy Irons est largement sous-exploité (ou juste mauvais? Je ne saurais le concevoir) dans un rôle de « méchant » qui aurait pu être culte; Sienna Miller, dont je me fous comme pas possible, a écopé d’un rôle de dépravée qui lui sied à merveille; Elisabeth Moss (Mad Men, Top of the Lake) a toujours une fâcheuse tendance à m’horripiler; enfin Luke Evans, alias Monsieur Dracula Untold, livre ce qui est pour moi la performance la plus honnête du film.

 

En bref: un casting sous-exploité, un concept sous-exploité, et un spectateur qui en sort sceptique.

PS: allez, on se remonte le moral avec une version Lego de l’affiche !

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Demolition

Un nouveau Jean-Marc Vallée (l’excellent Dallas Buyers Club, puis le très décevant Wild) sur un homme qui perd sa femme, avec Jake Gyllenhaal…j’étais convaincu avant la bande-annonce.

Pendant la première moitié du film ce n’est « que » l’histoire d’un homme qui fait son deuil de manière différente, notamment en entretenant une relation épistolaire loufoque avec une inconnue (Naomi Watts): j’ai cru à un nouveau Happiness Therapy, entendez un film chiant sur des misfits dépressifs. Et puis vous prenez un coup dans le bide, puis un autre, encore un autre, jusqu’à un final qui vous arrachera une larme ou un sourire. Ou les deux.

Outre un très bon scénario (pas présent sur la Black List pour rien, contrairement à d’autres…), le mérite revient directement aux acteurs: Gyllenhaal est juste LE choix idéal, angoissant comme dans Donnie Darko ou Night Call mais souriant comme dans Le secret de Brokeback Mountain; Chris Cooper excelle, dans son désormais traditionnel rôle de père intransigeant; enfin le très jeune Judah Lewis crève l’écran dans la peau d’un jeune décalé complètement destroy.

 

Et en plus la bande-originale et l’affiche (ce qui est rare de nos jours) sont impeccables…que demande le peuple ?

Chaudement recommandé.

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Médecin de campagne

J’avais vu tous les films intéressants à l’affiche, les critiques étaient relativement bonnes, et j’avais bien aimé Hippocrate…alors je me suis dit, pourquoi pas le dernier Thomas Lilti !

Je suis sorti de la salle en m’en voulant d’avoir passé un bon moment: le scénario, qui tient sur un carré de papier toilette, est une suite ininterrompue de lieux communs (jusqu’à la phrase tant attendue, « Être médecin de campagne, cela ne s’apprend pas », ou la fille de la ville qui confond oies et canards); François Cluzet joue encore et toujours son rôle de vieux bourru caractériel; la campagne profonde est habitée de vieillards, d’adolescentes enceintes et de déficients mentaux; etc…

Et pourtant j’ai passé un bon moment ! Au-delà du plaidoyer pour la cause des déserts médicaux, marronnier médiatique s’il en est, c’est l’histoire d’un pauvre type qui a dédié sa vie aux autres face à la maladie qui l’entoure et finit même par l’habiter.

Si Cluzet n’est pas original, il en reste excellent et fait oublier qu’il est un gosse du cossu 6ème arrondissement dans ce rôle d’enfant du pays; Marianne Denicourt (déjà vue et même nommée aux Césars dans Hippocrate), avec ses faux airs d’Emmanuelle Béart (les lèvres, sûrement), est un peu pataude dans le rôle de la fausse naïve; enfin Félix Moati, qui n’apparaît que très brièvement, apporte un peu de fraîcheur à l’ensemble.

 

En bref un bon petit film français qui ne fait de mal à personne, ne changera pas la face du Cinéma avec un grand C, mais vous rappellera qu’il est bon d’être heureux et en bonne santé. Et qui sait, fera peut-être naître des vocations !

PS: vous remarquerez la platitude de l’affiche…

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Green Room

Quel plaisir de délaisser de temps à autre les salles de la chaîne qui m’a encarté pour retourner dans un petit cinéma de quartier, vivant et plein de charme, qui plus est pour y voir une avant-première dans le cadre d’un festival de genre.

Je ne connaissais pas le travail de Jeremy Saulnier, remarqué à la Quinzaine des réalisateurs 2013 avec l’acclamé Blue Ruin, et j’ai donc découvert avec un œil innocent son troisième long-métrage…lui aussi sélectionné à la quinzaine l’an dernier.

Ce film, sobrement rangé par Wikipedia dans le genre « thriller horrifique », est en réalité assez inclassable: c’est un mélange de dialogues très posés et de phases de violence rapides et pleines de gros plans sanglants, le tout entrecoupé de plans de nature très léchés. Improbable ? Oui. Surtout pour un huis-clos/prise d’otage dans le milieu néonazi.

Et pourtant une belle brochette d’acteurs y a cru: Patrick Stewart, alias Jean-Luc Picard/Professeur Xavier, campe placidement le patron des méchants nazis; on reconnaît Anton Yelchin (les Star Trek de J.J Abrams, l’excellent Le complexe du castor, ou encore le nanar sanglant Fright Night) et Alia Shawkat, qui a débuté dans l’excellent Three Kings (Les rois du désert en français, absent de sa filmographie sur Wikipedia France…) et s’est véritablement fait un nom dans la série Arrested Development; enfin l’étrange Imogen Poots, d’ailleurs aussi dans Fright Night, vient ajouter cet objet cinématographique non identifié à une filmographie déjà bien improbable (de Need for Speed à Knight of Cups, entre autres…).

 

Si l’idée de base et l’univers punk s’allient à merveille, il manque néanmoins à ce film un petit quelque chose: les 45 premières minutes sont bien trop longues, et la fin est améliorable malgré un dernier plan très réussi. C’est tout de même très qualitatif pour le troisième long d’un réalisateur relativement jeune ! A voir en salles à partir du 13 avril.

PS: affiche assez géniale, il faut l’avouer !

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