Justice League

Qu’elle est belle cette affiche : graphique, sombre, pas sans rappeler la couverture des cultissimes Kingdom Come. Tout ça sentait bien bon.

Autant que cela sorte maintenant, et Dieu sait que cela va me faire du bien : l’intérêt principal de ce film réside dans le fait qu’il pose, une bonne fois pour toutes et sans aucun doute possible, l’ultime supériorité de Superman.

Pour vous dire : les méchants du film ont spécifiquement attendu sa mort pour venir sur Terre, il ressuscite (cela ne vous rappelle pas un certain barbu en claquettes ?) puis vient dérouiller en littéralement quatre secondes le demi-dieu qui maîtrisait la Justice League depuis le début. Le Dieu est de retour.

 

Ce film n’est pas exempt de défauts : trop habitués que nous sommes à des films de super-héros « complexes » et centrés sur l’humain, la faute au père Nolan, nous en avions presque oublié que 99% des comics ont des intrigues en carton qui se résument à de gros méchants très méchants qui ne connaissent pas le pouvoir de l’amour (spéciale dédicace à Wonder Woman).

Ce film ne fait pas exception à cette règle : le méchant du film, Steppenwolf (oncle de Darkseid, rien à voir avec le groupe de rock canadien), n’est rien d’autre qu’un énième démon à cornes qui s’auto-surnomme « Destructeur des Mondes » et veut répliquer sa planète d’origine sur la Terre (en réunissant des boîtes, dont un exemplaire a été confié à chaque race…sérieusement ?)…le tout aidé par son armée d’insectes ressemblant fortement à des mouches à m*rde.

Cela vous dit quelque chose ? Pas impossible, c’est ce que nous servent les scénaristes d’Hollywood depuis dix ans ou presque.

 

Mais ce côté simpliste et manichéen n’est que la partie la plus critiquable de ce qui est en vérité un beau retour à l’esprit des comics. En effet aussi bien sur le plan graphique que sur l’enchaînement des séquences, Zack Snyder fera ici bien plaisir aux fans de l’univers DC.

D’autant qu’il faut avouer que tout est bien ficelé : casting en or, les premiers rôles (Ezra Miller en Flash…on adore !) comme les seconds (Billy Crudup, Amber Heard et J.K Simmons pour de minuscules apparitions) ; musique impeccable (notamment une magnifique reprise de Everybody Knows) grâce au retour aux films de super-héros (après 13 ans !) du génial Danny Elfman; seul bémol, des scènes d’action en deçà par rapport à Man of Steel, qui a certes placé la barre très haut.

En bonus juste pour moi : un Aquaman pas si ridicule du tout, surtout pour une sirène qui n’a pas de pouvoir sur la terre ferme ; un Batman qui est peu ou prou le Alfred de la bande, c’est à dire le porte-monnaie et le gars qui motive les troupes ; et bien sûr toujours la jupette de Gal Gadot

 

En bref une excellente adaptation cinématographique pour une joyeuse bande qui, espérons-le, s’agrandira dans la suite (Martian Manhunter ! Green Lantern !). Ah oui, il va y avoir une suite…mouvementée je pense, vu la séquence d’après-crédits (tout à la fin hein) !

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Tout nous sépare

Aïe aïe aïe, c’est l’accident industriel. Sur les 4 dernières années ou presque, je n’ai quitté une salle de cinéma qu’une seule fois : c’était Paterson au bout de 35 minutes. Je n’ai ici tenu que 16 minutes : récit d’un calvaire.

Samedi matin, salle grande mais pas trop, pas bondée pour un sou et temps pluvieux sur Paris : tous les voyant sont au vert.

Premier plan sur une Catherine Deneuve en leggings panthère, fumant une vogue interminable au milieu des conteneurs et des machines industrielles. Je me dis « pourquoi pas ? C’est peut-être un film « de plans », un film graphique ».

 

C’était sans compter sur les dialogues, qui devaient bien commencer à moment ou à un autre. J’ai alors découvert émerveillé un des plus beaux exemples à ce jour de réunion d’acteurs de talents mais où la mayonnaise ne prend juste pas. Tout semble surjoué, comme dans une scripted reality !

L’étape suivante de mon périple de 16 minutes a étendu ce désespoir des dialogues à…tout le reste : racailles en carton (voir Diane Kruger dire « bédave », et mourir), clichés en pagaille (les combats de chiens en banlieue, par exemple), Duvauchelle qui a oublié comment se joue la colère, etc, etc.

 

Tout cela ne tient pas une seconde, comme un rebeu qui appelle des flics « les schmitts » ou Catherine Deneuve qui débarque dans un rade de banlieue.

Rarement aussi juste en matière de Cinéma, Vanity Fair fait un comparatif osé entre ce film et Sous le soleil (« aussi prévisible qu’il est permis d’être prévisible », « imagerie très Château d’Ax ») ; je suis cependant moins optimiste qu’eux quant à la postérité de ce film (« Tout nous sépare possède, à l’instar de sa consœur télévisuelle, les ingrédients pour devenir un film culte, certes raté mais franchement sympathique »).

 

16 minutes où, horrifié, j’ai vu défiler devant moi toute ma vie. Pour réaliser qu’elle était loin d’être finie et que j’avais sans l’ombre d’un doute mieux à faire.

Deneuve et Nekfeu, joli hold-up marketing !


A Beautiful Day

A beautiful day…étrange adaptation du titre original You were never really here, plus évocateur et clin d’œil au I’m still here déjanté de Casey Affleck ; probablement trop peu compréhensible pour les gaulois.

Le marketing du film parle d’un Taxi Driver…le raccourci est assez simple, car basé uniquement sur des éléments bien précis de l’histoire (marginal, ancien militaire, brute au bon cœur qui sauve une jeune fille) qui ne font pas l’essence du long-métrage. S’il n’est pas exempt de défauts, contrairement au chef d’oeuvre de Scorsese, ce quatrième long de Lynne Ramsay (à qui l’on devait déjà l’excellent We need to talk about Kevin) a le mérite comparatif d’être beaucoup plus libre, inclassable, et même plus graphique.

 

Le scénario, relativement contemplatif jusqu’à la moitié du film où les « affaires » commencent, est extrêmement bien ficelé (mais ne méritait peut-être pas le Prix du Scénario à Cannes) ; en revanche la réalisation, elle, est d’une justesse et d’une fraîcheur qui aurait pu rafler la Palme d’or si Ruben Östlund n’était pas déjà passé par là. Les effets, les tableaux, la lumière, la mise en scène…un petit régal.

 

Joaquin Phoenix, un de mes acteurs préférés et un des rares dont la filmographie soit encore immaculée (soyez sympa, on pardonne Signes), est tout simplement magnétique. Il porte intégralement l’interprétation du film, avec toute la finesse et la force brute (quelle intensité dans ce regard !) dont il simultanément capable, épisodiquement épaulé par la jeune et talentueuse Ekaterina Samsonov.

Un prix d’interprétation à Cannes pas volé pour un sou, qui vient s’ajouter tout de même à trois nominations aux Oscars, une Coupe Volpi à Venise et un Golden Globe. A quand l’Oscar ?

 

Le score de Jonny Greenwood, le guitariste de Radiohead, est tout à fait à la hauteur en termes d’intensité.

 

Saluons enfin le fait que ce film soit une coproduction française menée par Why Not Productions, une des boîtes françaises les plus ambitieuses et une des seules à pouvoir porter des projets de cette ampleur et de cette qualité (comment ça j’essaie de me faire embaucher ? C’est faux !).

 

A voir absolument.

martin


Geostorm

Un critique nord-américain relativement influent a dit à propos de ce film : « this film takes stupid to a whole new level…. Honestly, and I say this, I think it’s the stupidest film I have ever seen. It’s more stupid than Angels and Demons, and that’s not a phrase I thought I’d ever say out loud ».

Tourné en 2014, puis partiellement retourné fin 2016 après des projections-tests désastreuses, ce film sera reprogrammé trois fois pour ne pas « gêner » les sorties concomitantes de Batman vs Superman : L’aube de la justice et Le livre de la jungle. Croyez-moi les mecs, il n’aurait rien gêné du tout.

 

Ce film a l’immense avantage d’être si nul qu’il en devient très drôle. Dès le début on est écœuré par des effets spéciaux immondes à côté desquels 2012 ou Le jour d’après sont des révolutions visuelles.

Mais je ne suis pas venu pour ça, oh non. Je suis venu pour voir deux choses : Gerard Butler sauver la planète (encore…) et Andy Garcia en président des Etats-Unis. Avouez que c’était tentant…

 

Question scénario, on flirte souvent avec le plagiat d’Armageddon et on atteint sans aucun doute le degré maximal de prévisibilité : aussi bien d’une scène à l’autre que du début à la fin du film. C’est bien simple, j’ai vu des épisodes de Scooby-Doo avec des retournements de situations moins prévisibles.

Je ne vous parle même pas des incohérences scientifiques, de la prémisse même du film (le contrôle de la météo par des satellites) à ses effets indésirables, ni de l’absence regrettable de vanne (sauf une…dans la bande-annonce).

 

En bref un film d’une nullité abyssale, qui confinerait presque au génie. Il rejoint mon panthéon des nanars, tout de même quelques marches en-dessous de mon favori : Mission Alcatraz.

Je vais aller me le refaire tiens.

 

PS: rien que pour vous, l’affiche québécoise…ils ont osé !


Thor : Ragnarok

Les films de super-héros, c’était un peu l’overdose. Alors quand on me sort un troisième Thor, après un Thor : Le Monde des Ténèbres sympatoche mais ne rattrapant pas un Thor très fadasse, qui plus est réalisé par un inconnu du genre (Taika Waititi), autant vous dire que je n’étais pas ultra chaud.

Et puis ! Et puis le film s’ouvre directement sur un bon gag, suivi d’une énorme baston sur fond d’Immigrant Song (Led Zeppelin, parfaitement utilisé dans ce film) : j’étais accroché.

 

Juste après, re-gags et trois caméos de première classe en même temps (no spoil). Après un intermède où Benedict Cumberbatch alias Doctor Strange vient cachetonner, la petite histoire se met en place. Pour vous la faire courte, ça s’enchaîne plutôt pas mal ; le tout est assez équilibré, les personnages pas tous manichéens si ce n’est la méchante interprétée par une Cate Blanchett méconnaissable, sans aucune saveur.

Et l’humour, l’humour…depuis quelques films, et notamment Les Gardiens de la Galaxie Vol.2, la « recette Marvel » m’avait écœuré : trop de gags, trop prévisibles, trop « bon enfant ». Ici les vannes sont omniprésentes mais paraissent plus spontanées ; il y a un je ne sais quoi qui laisse penser que les acteurs se sont réellement marrés sur le plateau. Va savoir.

Les acteurs justement : grosse surprise, Chris Hemsworth ET Mark Ruffalo prennent dans mon cœur la première place des Avengers les plus fendards ; Tom Hiddleston est toujours aussi drôle en babtou fragile ; Tessa Thompson (WestWorld, Creed) est particulièrement mignonne ; Idris Elba est toujours aussi badass avec des dreadlocks et Jeff Goldblum est..là, ce qui est déjà pas si mal.

 

En bref, un excellent divertissement, et en ce qui me concerne une réconciliation avec les films Marvel. Ce qui n’est pas rien !

PS : contrairement à ce que laissait supposer la campagne promo, l’esthétique et la musique 80’s ne sont pas utilisées de manière aussi putassière que dans Les Gardiens de la Galaxie.

PS 2 : affiche sympa quand même, non ?


Coexister

Quand on a apprécié Case Départ et Le crocodile du Botswanga, et/ou les sketches de Fabrice Eboué, on sait à quoi s’attendre en allant voir ce film. Je suis on ne peut plus satisfait.

Dans le premier quart d’heure, les enchaînements scénaristiques sont volontairement grossiers à tel point que cela en devient hilarant. Mathilde Seigner, très premier degré, participe à ce sens du ridicule.

Et puis le groupe se forme, les premières chansons et surtout le premier clip arrivent…beaucoup, beaucoup de rire.

 

Il faut dire que le casting est excellent : Ramzy est impeccable en faux imam alcoolique, bien que légèrement en-dessous des deux autres selon moi ; Guillaume de Tonquédec est un choix évident mais osé pour lui, qui est après tout l’enfant chéri de la France sage qui regarde Fais pas ci, fais pas ça en famille devant la cheminée ; enfin mon chouchou Jonathan Cohen (alias Serge le Mytho), grandiose en rabbin traumatisé par une circoncision ayant viré au carnage et qui livre ma scène préférée du film lorsqu’il découvre les effets de la cocaïne.

 

Cette comédie est une barque bien menée du début à la fin, 90 minutes de rire pour la sortie du boulot. Tout ce qu’on aime.

Avec en plus ce soupçon d’autodérision sur notre veille France qui remplit des zéniths avec trois prêtres chanteurs.


The Square [Palme d’Or 2017]

Avec les Winter Sleep, Dheepan et autres Michael Haneke, je dois avouer que je ne comptais plus vraiment sur les palmes d’or pour m’emballer. Et puis, et puis…il y a eu cette bande-annonce, et même plus tôt cette affiche. Certains la diront putassière, extraite d’une seule scène non représentative d’un film de 2h20 (en suédois). Je la trouve personnellement à l’image de ce film : à l’exact milieu entre accessibilité et exigence. Vive la palme d’or !

 

C’est le genre de film qui vous donne l’impression d’être une personne brillante parce que vous avez su y déceler les différents sous-textes, et l’intention du réalisateur. La tâche m’a été rendue plus facile par…la présence dudit réalisateur, qui a bien scolairement expliqué son projet. L’oeuvre d’art moderne, qui a eu son petit succès, est devenue un film. Avouez que le risque de navet pompeux était maximal.

Et pourtant non. Ce carré est, à l’image d’un passage piéton, un espace de protection de l’individu et d’égalité des êtres ; idée aussi forte que naïve, de son propre aveu. Puis la réflexion s’élargit : question des gated communities que le réalisateur a vu arriver dans son pays (la Suède), rapports entre enfants et adultes au niveau sociétal (jadis protection désintéressée, aujourd’hui méfiance), rapports aux mendiants que nous croisons chaque jour, etc…

Mais cette pépite est avant tout une excellente satire de l’art contemporain, ce qui n’est pas dénué d’ironie quand on sait ce qu’est devenu le Festival de Cannes !

 

Au-delà du concept, excellent, la réalisation est irréprochable : la caméra est incroyablement fluide, les effets ne cherchent que l’efficacité ; la photographie est magnifique, sublimant les espaces froids de la capitale suédoise et notamment de son palais royal.

Côté casting : l’acteur principal danois Claes Bang est une vraie découverte, sorte de cousin nordique du Jep de la Grande BellezaElizabeth Moss est d’une fraîcheur inouïe dans un rôle assez inattendu quand Dominic West est uniquement de passage. Grosse claque, Terry Notary est la meilleure imitation de singe de l’Histoire dans la scène de la bande-annonce : déjà culte.

Enfin la musique, entre le puissant Genesis de Justice et une ré-interprétation entêtante de Bach, est largement à la hauteur.

 

En somme une palme d’or bien méritée, ce qui est déjà un miracle en soi.

A voir de toute urgence !