I Feel Good

Kervern, Delépine, et moi…c’est toujours compliqué. Mammuth et Saint Amour m’ont touché, Le Grand Soir m’a horripilé. Une bande-annonce bien ficelée, Dujardin dans un rôle détestable : je suis toujours curieux.

 

Dès le début, on comprend que la toile de fond constituée des activités d’Emmaüs sera bien plus que cela, la fin du film basculant presque dans le documentaire/hommage.

Dans l’ensemble ce long d’une heure quarante peine à trouver son rythme, malgré quelques bonnes idées comiques (dont les deux tiers présents dans la bande-annonce, #MerciAdVitampourlafinesse) et des intermèdes musicaux sympathiques signés pas des anciens de Zebda.

Un Jean Dujardin bouffi fait le taff face à une Yolande Moreau qui ne parviendra définitivement jamais à me toucher.

 

En bref un film lent et inclassable, sorte de L’enlèvement de Michel Houellebecq en moins touchant.

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Première Année

Troisième long-métrage du réalisateur du très bon Hippocrate et du dispensable Médecin de campagne, avec en bonus la complicité retrouvée entre Vincent Lacoste et William Lebghil : pourquoi pas !

Et bien non : dès les premières secondes et la sur-utilisée This world today is a mess par Donna Hightower, on comprend que ce film ne sortira jamais du marasme de la banalité, et que Thomas Lilti montre définitivement sa grande faiblesse. Il n’a qu’un thème, qu’une vision, celle de l’ancien médecin cinéphile passé derrière la caméra.

 

Ce film, prenant l’alibi narratif d’une bromance plus que banale, n’est en vérité rien de plus qu’une chronique sur l’épiphénomène de la première année de médecine. Strictement le même film eût pu être réalisé sur le master de droit, ou n’importe quelle prépa. En témoigne la genèse du projet, originellement intitulé « Panthéon-Sorbonne », et qui avait pour sujet les études supérieures « difficiles » en général.

Cela se ressent tellement… Même l’enrobage de ce pseudo-documentaire est très mauvais : le « fils de » père médecin absent et avec des facilités versus le mec de classe moyenne vivant dans la grande couronne, ayant la rage de réussir quand l’autre « se laisse porter » / fait comme papa. Je ne vous parle même pas de la fin, téléphonée au possible et irréaliste.

 

Je suis entré dans cette salle persuadé de voir un réalisateur se relever après l’erreur populiste avec François Cluzet, pour finalement le voir se faire hara-kiri.

RIP Thomas Lilti.


22 Miles

Peter Berg étant capable du meilleur (Friday Night Lights, Le Royaume, Du sang et des larmes) comme du pire (Hancock, bien qu’attachant, et plus récemment Traque à Boston), aussi bien d’ailleurs comme réalisateur qu’avant comme comédien, je m’attendais plutôt au pire après avoir visionné la bande-annonce de ce film d’action d’apparence fort dispensable.

Toujours avec son éternel Mark Wahlberg, mais également avec Monsieur The Raid alias Iko UwaisRonda Rousey (on adore !) et John Malkovitch…avec des cheveux ! Cela ne sera peut-être pas si mal.

 

Dès la scène d’introduction on comprend à quelle sauce on va être bouffés : si l’on accepte de passer outre les incohérences technologiques et scénaristiques, ainsi que l’abus grossier du fast-cutting sur les scènes de combat (et des bruitages de coups de poings/pieds dignes d’un anime), on pourra passer un bon moment de détente intellectuelle. Excellente introduction au demeurant, il faut l’admettre.

Dans une moindre mesure, on retrouve cette intelligence du rythme que Berg avait su trouver dans Du sang et des larmes, juste équilibre entre narration et combat, violence extrême et calme olympien des personnages sur-entraînés.

Les scènes de combat, seul intérêt de ce genre de film, sont de très bonne facture : c’est cru, rapide, et centré sur l’humain.

 

Bien qu’on ne le sente pas toujours à l’aise dans ce rôle de génie autiste insensible, ce bon vieux Mark fait le taff et prouve qu’il a encore de belles années devant lui malgré ses 47 ans (!).

En bref un bon divertissement de bonhomme, à partager entre potes sans modération.


En eaux troubles

Enfin un petit jour de repos, il me faut un film bien débile. La providence ayant mis dans ma salle préférée Jason Statham face à un requin préhistorique géant, mon choix n’était plus à faire.

 

Co-production chinoise oblige, l’action se déroule au large des côtes communistes et il y a tout plein d’acteurs chinois dont la très belle Li Bingbing déjà aperçue dans Transformers : l’âge de l’extinction. Le sculptural Jason succombera-t-il aux charmes de la miss ?

Le drôlissime Rainn Wilson (Six Feet Under, The Office) a ici pris une bonne dizaine de kilos et troqué son humour pour un rôle de milliardaire froussard et détestable, bien nécessaire dans ce genre de film ; on apprécie les petites bouilles de Masi Oka (mais si, Hiro dans Heroes…)et Ólafur Darri Ólafsson, le pilote d’hélico dans La vie rêvée de Walter Mitty.

 

Bon point pour ce film réalisé par Jon Turteltaub (Rasta Rockett, les deux Benjamin Gates), le côté nanar est ultra assumé : même si le niveau de Sharknado n’est volontairement pas atteint, le juste équilibre est trouvé entre une intrigue absurdement drôle et des effets spéciaux convaincants (à noter : 3D inutile mais non dérangeante). Et la petite morale écolo en bonus (« l’Homme va trop loin et se trouve puni en libérant des monstres du passé », Jurassic Park much ?).

Et Jason dans tout ça ? Bien qu’il s’éloigne toujours plus de la qualité de ces premiers films (les Guy Ritchie notamment), il faut lui reconnaître le mérite d’assumer complètement ce côté nanar en interview. Ancien plongeur de niveau pro, il était tout simplement content de retrouver l’eau…que voulez-vous.

 

En bref un film dispensable as usual mais qui sait mettre à profit ses 150 millions de dollars et ne vous laisse jamais le temps de vous ennuyer.

PS : quel titre original dix millions de fois plus fun !


Le monde est à toi

Très attendu après l’étrangement fascinant Notre jour viendra, ce second long-métrage du roi du clip Romain Gavras m’a laissé un peu dubitatif.

 

Le pitch, pour le moins aguicheur et intriguant (« François, petit dealer, rêve de changer de vie en devenant le distributeur officiel au Maghreb des bâtonnets glacés Mr Freeze »), pèse finalement comme une épée de Damoclès sur ce film qui ne parvient pas à sortir de la « chronique de petite frappe ». Là où l’ultra-violence du clip Stress de Justice devenait un propos en soi, le côté pathétique des petites racailles de ce film vient en tuer le scénario dans l’œuf.

Sans surprise, la photographie est léchée et on se surprend à s’extasier sur des plans de Karim Leklou, pourtant inexpressif au possible. Bien aidé il faut le dire par une soundtrack aux petits oignons, rien d’anormal ici non plus.

La prestation de Leklou, néanmoins, mérite les lauriers pour cet habitué des seconds rôles qui parvient ici à ridiculiser Isabelle Adjani (qui n’avait pas besoin de lui, diront les mauvaises langues). Vincent Cassel en beauf conspirationniste, Philippe Katherine en avocat raté, mais surtout François Damiens, assurent les seconds rôles comiques salvateurs.

 

En bref c’est une petite histoire de petits bandits, joliment filmée, mais qui manque un peu de propos.

A voir pour se faire son avis et évaluer la progression du réalisateur de 37 ans.


Papillon

Ce film de Michael Noer (qui êtes-vous ?) a beau se présenter comme une nouvelle adaptation du livre autobiographique d’Henri Charrière, il n’empêche que je ne peux m’empêcher de craindre un infâme remake du chef d’oeuvre de Schaffner (1973).

Et cette sensation ne m’a pas quitté pendant les 133 minutes dans l’enfer du bagne de Cayenne : Rami Malek, qui joue par ailleurs un peu toujours le même rôle de génie fragile, semble proposer une pâle imitation de Dustin HoffmanCharlie Hunnam, que j’adore et malgré une ressemblance physique parfois frappante, n’est évidemment pas à la hauteur de Steve McQueen.

 

Même dans la narration et ce dès le début, on sent les grosses pattes d’un film de 2018 : l’histoire montre pourquoi le héros part au bagne lors d’une introduction inutile dans le Paris des années folles (pour montrer le Moulin Rouge et des seins nus, naturellement) ; la violence est omniprésente, de la guillotine à une baston nus dans la boue…

Même la scène sculte de l’isolement total de Papillon a été pervertie : ils ont substitué à la puissance de la violence psychologique du film de 1973 une violence visuelle et corporelle à laquelle nous sommes tellement habitués qu’elle ne nous touche plus vraiment. « Mouais il est tout maigre et tout blanc, okay ».

Ici aussi ils ont détruit la magie.

 

Même la fin, paraît-il plus proche de celle du roman que je n’ai pas (encore) lu, est bien moins poétique que dans « mon » Papillon.

A l’image du gardien de la prison, interprété par un comédien sans aucun charisme (Yorick van Wageningen) ce qui est dommage pour un rôle si important psychologiquement, ce film manque d’âme.

Comme prévu.


Sans un bruit

Certains films sont dits « à concept » : tirés d’une sacrée bonne idée, que tout le monde aurait aimé avoir avant. Généralement, l’idée est si bonne que le produit fini n’est pas à la hauteur de ce qu’elle méritait et le cinéphile ne peut s’empêcher d’être envahi d’un certain goût de gâchis. Troisième meilleur démarrage US de tous les temps pour un film d’horreur, il semblerait que le pari soit relevé.

Le concept de dingue : « Dans un monde qui semble post-apocalyptique, des bestioles effrayantes vous coupent en morceaux dès que vous faites du bruit. L’humanité marche à présent sur la pointe des pieds… ». Ce film aurait pu être raté de tellement de façons !

 

Et pourtant il n’en est rien, c’est une pépite. A tel point que la catégorie « horreur » n’a jamais paru aussi réductrice. Le stress est maximal et omniprésent pendant 90 minutes : autant vous le dire tout de suite, vos abdos sortent de la salle en PLS.

L’intro vous met tout de suite dedans ; la réalisation de John Krasinski (ce n’est que son troisième long !) est aux petits oignons, avec notamment d’incroyables champs/contre-champs entre un entendant et la petite fille sourde (d’ailleurs brillamment interprétée par Millicent Simmonds, comédienne sourde).

La musique signée Marco Beltrami (s’il-vous-plaît !) participe grandement à la pesanteur de l’ambiance et à la puissance du propos.

 

Côté casting : Krasinski, que tous les fans de The Office dont je suis adulent sans réserve, est aussi bluffant devant la caméra qu’à la réalisation et offre une incroyable perf’ de père survivaliste (bouffe ça Andrew Lincoln !) ; Emily Blunt fait très proprement le job, notamment dans la scène climax de l’accouchement (comme dans The Walkind Dead, les gens aiment faire des bébés en pleine apocalypse) ; et on a fait le tour du casting.

La scène finale, qui vous arrachera le peu de stress qui vous reste et quelques larmes, a pour seul défaut de laisser la porte ouverte à une suite…

 

En bref, un film déjà culte (je pèse mes mots !) à voir d’urgence AU CINEMA.