Downsizing

Quel concept génial : nous sommes trop nombreux pour notre planète? Les richesses sont mal réparties ? Aucun problème, il suffit de réduire la taille des humains et de les placer dans des mini mondes produisant des mini déchets. Concept brillant et à fort potentiel.

Dommage, le scénario est en carton.

 

Nous avons ici le même syndrome que pour de nombreux films, comme par exemple Time Out, qui n’ont pas su concrétiser « la » bonne idée.

Après une loooongue introduction, ponctuée il faut l’avouer de quelques moments excitants lorsque le concept de la réduction de taille fait son apparition, une scène affligeante de prise de drogue fait passer le film de la vacuité à la honte. En effet se produit un tournant aussi regrettable qu’imprévisible, et qui voit l’inconnue Hong Chau et son personnage de réfugiée thaïlandaise devenir le centre de l’action.

Au-delà du fait que c’est probablement le personnage le plus raciste depuis bien longtemps (accent exacerbé, QI manifestement bas et tics de langage bien identifiables), ce personnage vient concentrer autour de lui toute l’absence d’écriture de ce film. Quand on voit le passif assez vide du réalisateur Alexander Payne et de son co-auteur Jim Taylor, on comprend mieux le manque de rigueur.

 

Tout le concept assez génial autour de la « révolution miniature » ne vient in fine servir qu’une énième morale bien-pensante comme Hollywood en a le secret : les pauvres / étrangers sont nos amis, les pauvres comprennent mieux le sens de la vie et du relationnel…en bref « aime ton prochain, mais n’oublie pas qu’il demeure ton inférieur car tu es l’oncle Sam ».

 

Les quelques pitreries de Christoph Waltz n’y suffisent pas, l’excellente idée de base est violée.

Ce film est sans aucun doute excessivement mauvais.

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Vers la lumière

Après avoir tant entendu parler de son précédent film Les Délices de Tokyo, je me suis dit qu’il était temps que je découvre le cinéma de Naomi Kawase. Pas de pot, il paraît que c’est le moins bon…

Ce film raconte l’histoire plutôt inspirante de la rencontre entre une femme dont le métier consiste à écrire et enregistrer des audiodescriptions de films et un ancien photographe de talent en train de perdre la vue.

 

Au-delà du regard (sans mauvais jeu de mots) nouveau que ce film nous invite à porter sur la vie, c’est également un oeil (pardon) sur le Cinéma qui nous est proposé : telle une traduction littéraire d’une langue à une autre, l’audiodescription a la lourde tâche de retranscrire en mots l’intensité d’un regard ou la beauté d’un soleil couchant.

Cette importance du regard est sublimée par des gros plans « bandeaux » sur les yeux des protagonistes, et notamment ceux du très classe Masatoshi Nagase (l’aveugle, aperçu par ailleurs dans Paterson).

 

Outre cette photographie aux petits oignons, la véritable star est quand même la sublime Ayame Misaki : quelle beauté, quelle délicatesse et quelle précision dans les gestes. Elle n’aurait pas fait tache dans le Mademoiselle de Park Chan-wook.

Seulement comme toujours la beauté ne se suffit pas à elle-même, ou que très rarement (jeune Malick, m’entends-tu ?) ; voilà pourquoi malgré quelques moments forts, ce film déroule ses 101 minutes avec un flegme très Nouvelle Vague.

 

En bref, ce film franco-nippon (production et distribution partagée, bande originale signée sans efforts par notre Ibrahim Maalouf national) n’est pas fait pour tous les cinéphiles, et certainement pas pour ceux qui ont du sommeil en retard ou à l’inverse cinq cafés dans le sang.

 


Star Wars, épisode VIII : Les Derniers Jedi

Deux derniers films plus que passables (Star Wars, épisode VII : Le Réveil de la Force et Rogue One: A Star Wars Story), pour ne pas dire vides au possible, le rachat de la Fox et ce qu’il annonce aux cinéphiles de demain : un film estampillé Disney par semaine. Autant de raisons qui expliquent que ce huitième opus ait attendu trois semaines pour trouver sa place dans mon emploi du temps pourtant peu encombré.

Logo, musique tonitruante et texte déroulant vers le ciel étoilé : impossible à nier, je suis parcouru d’un certain frisson. Je me dégoûte.

Première scène, l’attaque d’un destroyer par Poe Dameron (le pilote de X-wing incarné par Oscar Isaac) puis par tout la flotte de la résistance ; la 3D est impeccablement mise à contribution, on se croirait dans l’attraction de Disneyland. Malgré moi, je suis déjà dans le film.

 

On ne va pas se mentir, l’influence néfaste et pernicieuse de Mickey apparaît de plus en plus à l’écran : procédés scénaristiques simplistes, humour pour enfants, personnages archétypaux (Benicio del Toro est par exemple clairement le nouveau Han Solo, Domhnall Gleeson le méchant émasculé, etc.), et enfin multiplication outrancière des bestioles à poils trop mignonnes pour vendre des peluches aux moutards de la Terre entière.

Même le personnage de Rey a été pensé pour que les enfants puissent s’identifier : sorte d’adolescente aux formes dissimulées et sans charisme aucun.

Enfin, et là pour le coup la souris aux grandes oreilles n’y est pour rien, l’inconnue Kelly Marie Tran (qui pour une raison que l’on ignore a un rôle assez important) nous offre la plus belle Cotillard depuis la Cotillard originale.

 

Ce n’est évidemment pas un grand film, à peine un bon film ; mais les bonnes idées semblent revenir (le vieux Yoda de la première trilogie, tel que Luke le voyait, ou encore la magnifique planète finale rouge et blanche) et l’esprit de la saga renaît par la même occasion.

J’ai passé un bon moment.

Je me dégoûte, mais je suis heureux d’avoir retrouvé Star Wars.


Bright [Netflix Only]

David Ayer a co-écrit Training Day puis réalisé les excellents End of Watch et FuryDavid Ayer est un génie. Puis ce même monsieur Ayer a réalisé Suicide Squad ; j’ai voulu croire à une erreur, c’était en vérité le début de la fin.

Reprendre l’univers tolkeniesque des orques, elfes et autres fées pour l’adapter au monde actuel n’était pas nécessairement une mauvaise idée. En revanche tout le reste, à commencer par le scénario…

 

Déjà le degré zéro de subtilité du parallèle sociétal (les gangs d’orques, les noirs, vs les elfes tout blancs tout beaux qui détiennent toutes les richesses…bla bla) n’était pas une bonne toile de fond ; mais alors ajouter au mélange une sombre prophétie à base de baguettes magiques et de seigneurs des ténèbres, c’était juste tenter le diable de la connerie.

Et je ne vous parle même pas du gâchis d’acteur : Will Smith s’est définitivement perdu depuis After Earth ; je ne sais même pas comment Joel Edgerton (que j’aime tant !) a pu accepter un rôle où il est méconnaissable en orque bleu ; Noomi Rapace incarne la méchante bien archétypale, son physique chelou aidant ; et enfin Edgar Ramirez a des oreilles pointues.

 

En bref un nanar bien évitable, qui aurait fait un bon direct-to-video dans monde sans Netflix (libéré de ?). Seule chose à sauver, une trop mince soundtrack très rap US, avec notamment une collaboration A$AP Rocky et Tom Morello.

A éviter, donc.


La Promesse de l’aube

Avant-première : Pierre Niney et Charlotte Gainsbourg sont là, l’envie monte. Conditions optimales.

Premières images : Romain Gary est à l’article de la mort, sa femme découvre et commence à lire les épreuves de ce qui sera La promesse de l’aube. Vu, vu et revu ; j’angoisse un peu. Puis Charlotte arrive en mère juive qui en fait des caisses : j’angoisse encore plus.

 

Quand soudain…la mayonnaise prend, et de quelle manière : qu’il est rare de découvrir une vraie épopée « bigger than life », un film d’aventure français bouleversant et drôle.

Si ce film présente bien quelques lieux communs de réalisation (on pense notamment à l’épisode de la vieille dame dans le désert, auquel mon cœur d’artichaut a cependant immédiatement adhéré), c’est avant tout la vie incroyable du « vrai » Romain Gary. En 66 trop courtes années, ce génie a tour à tour été : enfant pauvre dans le froid de Vilnius, résistant et aviateur, double récipiendaire du Goncourt, mari de Jean Seberg…le genre d’homme qui a tout de même provoqué en duel Clint Eastwood.

Un homme et une vie comme il semble que le monde n’en fait plus.

 

Ce film, comme le roman éponyme, est une ode à la maternité inconditionnelle et à la dette éternelle des enfants envers leur génitrice. Mais c’est également, et ce fut là ma plus grande surprise, un film extrêmement ambitieux et dont la production value n’a rien à envier aux américains. La vingtaine de millions d’euros est en effet bien présente à l’écran, notamment lors d’une excellente scène de combat aérien.

Côté casting : Pierre Niney assure avec brio ce beau pari, et clairement il fallait les épaules ; Charlotte Gainsbourg flirte (volontairement) en permanence entre le too much et une justesse folle dans ce rôle de mère qui sacrifie tout pour permettre l’ascension de son fils ; enfin le petit Pawel Puchalski, notamment grâce à un regard assez flippant, campe à merveille Gary enfant.

 

Quelle belle aventure, quel beau pari relevé, et quel bel hommage au roman. Le cinéma français peut être fier de réalisations comme celle-ci, et Eric Barbier (Le Serpent, Le dernier diamant) ne joue clairement plus dans la même cour.

A voir !


Plonger

En tant que personne « publique », Mélanie Laurent m’horripile ; bien malgré moi, j’avais été touché par son film Les Adoptés (2011). L’anomalie sera-t-elle répétée dans mon système ?

 

Les premières minutes déroulent, avec un montage scolaire mais propre, les débuts d’une histoire d’amour : la passion, le vin et les amis, les photographies au réveil, les vacances et les rires. La sublime Maria Valverdetrop peu aperçue dans Ce qui nous lie, irradie de sa beauté naturelle.

Transition brutale : Paris, la vraie vie. Paz, le personnage de la belle, est une artiste en dépression et qui ne comprend pas pourquoi. Nous non plus, et franchement on la trouve pénible. Cette période donne lieu à quinze bonnes minutes de plans Tree of life – like, mais sans le propos ni le génie de la lumière ; avec même un petit bout de bullshit arty idéalisée à…Saint-Nazaire. Là, on m’a perdu.

 

Après pas moins de 60 minutes de films, on rentre (enfin ?) dans le synopsis retenu par Wikipédia : « Une photographe espagnole quitte sa famille pour « se retrouver » et prend une plongée en haute mer, laissant son bébé à son homme, ex-reporter de guerre ». Cinq minutes plus tard, le film devient scénaristiquement intéressant.

Ce n’est alors plus la belle espagnole qui porte le film, mais bien le Gilles Lellouche que j’adore et qui figure d’ailleurs seul sur cette magnifique affiche. Dieu que je l’aime ce Gillou, va savoir pourquoi…

On découvre un thriller assez indescriptible, relativement maladroit. Et puis tout disparaît avec la fin, une séquence à couper le souffle. Le plan est grandiose, la musique grandiloquente alterne avec le poids des seuls sons sous-marins. Une fin choc qui vous pèse jusqu’à votre perron, voire votre lit.

 

En bref ce film est à l’image de son premier rôle féminin : arrogant de beauté, énervant d’imperfection. Mais qui ne laisse définitivement pas indifférent.


M

Premier long-métrage de Sara Forestier, dont la filmographie (hormis Le nom des gens) ne m’a pas toujours bouleversé, ce titre mystérieux et une bande-annonce relativement réussie ont suffi à m’intriguer.

 

Et puis ce fut la bonne surprise : le conte urbain d’une bègue passionnée de littérature et d’un voyou en manque d’amour qui n’a jamais appris à écrire. Tous les ingrédient de la fable y sont : intrigue relativement prévisible, histoire d’amour passionnelle sans vraiment de logique ni d’explication, vie hors du temps d’une lycéenne paumée, costumes « too much », musique enivrante (excellente bande-originale signée Christophe, tirée de ses Vestiges du Chaos dont je suis fan), etc… Ce « M » était donc tout sauf maudit.

L’image, que l’on peut parfois trouver légèrement pompeuse (premier film oblige), est assez léchée ; les banlieues du nord-est parisien sont pour un temps sublimées par un vol d’oiseaux, un nuage qui se reflète dans les tours d’immeubles, etc.

 

Mais la vraie qualité de ce film, ce qui m’a pris aux tripes et la seule chose dont je me souviendrai dans 10 ans : c’est Redouanne Harjane. L’ancien humoriste du Jamel Comedy Club, après quelques apparitions au cinéma, passe ici directement de figurant à acteur de grand talent.

J’ai eu très peur, les premiers instants du film, de ce rôle de « voyou sensible » qui s’entiche d’une lycéenne apeurée entre deux courses de voitures. Et puis au fur et à mesure que l’intrigue se déroule et que les failles du personnage apparaissent, Harjane déplie une palette d’émotions assurées à la perfection dans plusieurs scènes dont on se souviendra. Et Dieu sait que, même pour un comédien confirmé, ce rôle était casse-gueule.

 

Casse-gueule également était celui de Sara Forestier (qui est en réalité un second rôle), comme tous les rôles comportant un handicap et a fortiori le bégaiement : facile d’en faire trop, obligée d’en faire assez pour « marquer » le personnage. Elle ne s’en sort pas si mal. Jean-Piere Léaud semble jouer son propre personnage de vieillard sénile mais heureux, quand la jeune Liv Andren assure à merveille un second rôle d’importance et ce pour son premier long-métrage.

 

En bref un film « surprise », une petite fable à déguster calmement et sans y chercher de messages cachés.

Et, même si cela ne vous tente pas, allez-y ne serait-ce que pour assister à la naissance d’un excellent comédien.