Dunkerque

Que cela plaise ou non, Christopher Nolan est l’un des plus grands réalisateurs de son temps. Après avoir réinventé le film de super-héros et redéfini le genre spatial, a-t-il su relever le défi ô combien casse-gueule du film de guerre historique ?

C’est bien cette question qui excite depuis presque deux ans tous les cinéphiles de la planète ; les premières critiques, criant au génie, n’ont fait que rajouter à la hype. Alors, chef d’oeuvre ?

 

La scène d’introduction pose le parti-pris et la « recette » de ce nouveau long-métrage : ambiance sonore ultra présente et dialogues quasi-inexistants, asymétrie temporelle de la narration (maîtrisée s’il en est, cf. Memento), allers-retours plans larges/plans serrés. Que du bon.

Le tout met le spectateur dans la peau, et donc l’angoisse, des différents protagonistes : soldats pris au piège, aviateurs confinés, civils hésitant entre bravoure patriotique et…leur vie. Trois destins sur trois échelles temporelles, naturellement inter-connectés et voués à se retrouver à la fin.

 

Le premier acteur de ce film est selon moi le son : la bande-originale lancinante et angoissante d’Hans Zimmer, couplée aux sons infernaux des Stukas en piqué et aux sifflements des balles, crée une tension que le spectateur ressent physiquement de la première à la dernière seconde. Brillant.

A l’image, les tons chauds (sublimés par le 70 mm, exclusivement au Gaumont Champs Elysées en ce qui concerne la région parisienne) contrastent avec le stress ambiant en donnant l’impression d’une éternelle fin d’après-midi. Dire que les plans sont léchés est un euphémisme, bien que le ratio contemplation/action ne soit pas non plus celui de La ligne rouge.

 

Côté casting, le génie de Nolan consiste à faire oublier les comédiens : si ce n’est Tom Hardy dont le bomber et le masque ne sont pas sans rappeler son rôle de Bane, les visages s’effacent devant la force du propos, et c’est bien ce que cherchait le réalisateur en refusant de s’attacher à des parcours individuels de soldats ayant réellement participé à la l’opération Dynamo. Là où les critiques ont beaucoup insisté sur la performance de Mark Rylance, au demeurant excellente et tout en subtilité, celles de Jack Lowden ou Kenneth Branagh m’ont tout autant marqué.

 

Est-ce un grand film ? Oui. Est-ce le meilleur Nolan ? Selon moi non, mais vu la variété des genres…chacun son préféré.

Est-ce le meilleur film de guerre de tous les temps ? Non. Le jour le plus long, Voyage au bout de l’enfer, Apocalypse Now, et tant d’autres sont clairement au-dessus. C’est néanmoins un excellent film de guerre, avec l’action d’Il faut sauver le soldat Ryan et l’exigence visuelle et artistique de La ligne rouge. En termes de références, vous avouerez qu’on peut faire pire.

Est-ce un chef d’oeuvre dont on se souviendra dans 30 ans ? A mon avis non, en tout cas moins qu’Interstellar par exemple, qui reste un de mes films préférés « of all time ».

 

Seule conclusion objective : Nolan prouve une fois de plus son génie, et ne fait que renouveler la passion que je lui porte et l’impatience de découvrir ses prochains films. Et de revoir tous les précédents, encore et encore.


Le sens de la fête

Les lendemains de succès sont toujours difficiles…avec presque 20 millions d’entrées en France et plus de 50 millions dans le Monde, Intouchables a mis une sacrée pression sur le duo Toledano/Nakache. On l’a bien vu avec Samba, qui était franchement raté. Mais deux teasers bien ficelés et un Bacri apparemment en grande forme ont suffi à me tenter.

Forcément moins touchant que dans l’excellent La vie très privée de Monsieur SimJean-Pierre Bacri n’en rappelle pas moins ici tout son génie. Encore et encore : drôle dans son éternel personnage de râleur cynique, mais capable de changer de registre en une grimace ou un regard.

C’est clairement ce grand monsieur qui porte le film, malgré quelques éclairs de génie de Gilles Lellouche en DJ ultra beauf et une excellente performance de Benjamin Lavernhe (Comédie Française oblige) dans le rôle du connard show-off.

Car dans l’ensemble, ce film souffre de nombreuses lacunes : sorte de vaudeville un peu gras, avec ses gags récurrents (au moins 4 ou 5 personnages n’ont de raison d’exister que leur running gag qui revient parfois plus de quatre fois dans le film…) et son scénario prévisible au possible. Pour couronner le tout, une musique de fond qui se veut « déstructurée » sorte de freestyle de jazz à la Whiplash…mais en plus énervé et moins maîtrisé. Bref, en pénible.

 

Au-delà de tout cela, c’est la formule Toledano/Nakache qui me pèse déjà : vous voyez ce savant mélange de bien-pensance « ethnico-religieuse ». Certes légère et bien venue en ces temps troublés, elle finit par enlever toute saveur à la moindre blague et surtout devient fort répétitive, voire contre-productive.

Pour exemple dans ce dernier film, le rôle des indiens qui ne parlent pas un mot de français et font tout « pour s’intégrer »… Drôles une fois, deux fois, et puis juste lourds.

 

Le duo va devoir se trouver un autre modèle, d’aucuns diront fonds de commerce…

 

Sortie le 4 octobre 2017.

PS : 15 millions pour un film tourné sur un seul décor ou presque, et dont le main cast est Jean-Pierre Bacri, je dis chapeau !


Ce qui nous lie

C’est un fait, les réalisateurs vieillissent mal ; enfin « mal » c’est un jugement de valeur, disons plutôt que leurs travers s’accentuent sensiblement. Cédric Klapisch ne déroge pas à la règle et, tout comme Claude Lelouch ou Costa Gavras par exemple, il fait de plus en plus dans le pathos/mélo.

C’est ici l’histoire d’une fratrie, dont un des membres exilé revient au moment où leur père décède…le tout dans l’exploitation vinicole familiale. Chaque frère/sœur a ses problèmes existentiels, mais dans la vérité du terroir vous voyez. Cela donne matière à pléthore de lieux communs, la plupart via la voix off de Pio Marmaï, du style « L’amour c’est comme le vin, cela doit vieillir » ou le jeu de mots du titre (mais si…la lie !).

Même en termes de réalisation/d’images les ficelles sont un peu grosses: les plans où les trois têtes de la fratrie sont alignées, ou encore les flashbacks d’eux enfants et a fortiori les dialogues entre Pio adulte et Pio enfant. Vu et revu.

Malgré cela on passe un bon moment hein, faut pas croire : on a envie de verser quelques larmichettes, on rigole quelques fois (excellent duo Marmaï/Civil), et on regrette un peu l’authenticité des métiers de la terre en tant que pauvres employés de bureau que nous sommes. Un Premiers crus en plus « quali » en somme.

Cela est principalement dû au casting : Ana Girardot offre une performance subtile et à fleur de peau, Pio Marmaï joue à peu près son rôle habituel de trentenaire dépassé et donc il maîtrise, et enfin François Civil affiche une maturité qu’on ne lui avait connu que trop brièvement dans Made in France ou Dix pour Cent.

 

En bref, un petit film feel good qui trouvera idéalement sa place en prime time un dimanche sur France 2.


Transformers : The Last Knight

Pas de Transformers depuis trois ans…cela devenait difficile. Grâce à ce cinquième opus, je pense être (enfin) guéri de cette saga.

Tout commence avec ce qui était sûrement une erreur technique présente uniquement dans mon cinéma pour cette avant-première : probablement en raison de la source en Imax 3D, le cadre n’a cessé de changer à chaque plan…alternant entre une espèce de 4:3 et un Imax compressé. A gerber, surtout dans un champ/contre-champ par exemple. Passons.

Ensuite vient l’introduction, et quelle introduction : la légende du roi Arthur, usurpée une fois de plus, selon laquelle cette fois les pouvoirs de Merlin l’enchanteur viennent…d’un vaisseau alien. Evidemment.

Enfin, et surtout, le montage de ce film a été réalisé par un enfant de huit ans : jusqu’à la bataille finale (pas si dégueulasse, qui dure presque une demie-heure), le découpage des séquences est absolument incompréhensible.

En bonus : un Anthony Hopkins qui fait décidément de plus en plus de mauvais choix ; un John Turturro clairement venu pour cachetonner via des apparitions inutiles ; Omar Sy en lamborghini (pas dedans hein, il joue la voiture quoi) ; un tout petit peu d’humour et encore moins d’Optimus Prime.

 

Je n’attendais pas grand chose, mais un scénario de bande-annonce et un montage de junkie épileptique ont eu raison de ma passion pour les gros robots.

Triste jour.


Wonder Woman

Un énorme teasing dans Batman vs Superman, la plantureuse Gal Gadot, d’excellentes critiques dont certaines parlant du « meilleur film DC comics« , la sublime Gal Gadot…autant de bonnes raisons d’être tout excité par ce film. Quelle ne fut pas ma déception; que dis-je, mon désespoir.

Je n’ai pas souvenir, tous genres confondus, d’un film aussi archétypal de A à Z et ayant aussi peu peur du cliché. Même un Disney fait plus dans la finesse : les méchants très très méchants sont des nazis amateurs de chimie destructrice, l’indien d’Amérique (ne me demandez pas ce qu’il fout là) fait des signaux de fumée, et de manière plus générale chaque scène finit EXACTEMENT comme vous l’attendez.

Vous me direz, le film aussi ; résumé : « Certes les hommes ont détruit cette belle planète, mais ils ne sont pas tous mauvais et surtout ils ont la chose la plus forte qui soit : l’amour ! ». Beurk. Vomi. Vomi.

Même la belle israélienne n’y suffit pas…si sa naïveté (elle a grandi sur une île sans hommes, isolée et bloquée à l’Antiquité, et découvre tout du monde moderne) est au départ craquante, elle devient très rapidement insupportable. Pour ne pas dire border misogyne.

Le reste du casting, au demeurant pas si mauvais, ne pouvait pas sauver ce désastre d’écriture : Robin Wright a clairement vendu son âme pour porter une jupette en cuir et prendre un accent ridicule (grec ? on ne saura jamais) ; Danny Huston fait toujours le grand méchant psychopathe, Ewen Bremner fait toujours le même rôle de débile écossais, et enfin Chris Pine…est là.

Il faut même attendre 70 minutes avant d’avoir droit à un combat un peu correct.

 

C’est bien simple, à part le thème musical (brièvement entendu dans Batman vs Superman), rien n’est à garder dans ce film.

Gal, tu m’as floué.


Pirates des Caraïbes : La Vengeance de Salazar

Je n’ai jamais été fan de cette saga, dont je demeure persuadé qu’elle ne s’adresse qu’aux enfants; alors autant vous dire que pendant l’introduction, surjouée au possible par un Orlando Bloom venu cachetonner sans effort et un Brenton Thwaites (quasi inconnu qui incarne le personnage principal) qui ne sait clairement pas jouer, j’ai vite compris de quel niveau allait être mon calvaire.

Le peu d’humour qui subsiste ne vise que les enfants (et les simples d’esprits, diront certaines mauvaises langues dont je ne suis pas !), entre gags cartoonesques et énième grimace d’un Johnny Depp toujours plus déphasé ; même les scènes d’action ne visent que les enfants, qui seront en effet les seuls à frissonner devant le fantôme de Javier Bardem.

Dans l’ensemble, tout pue la fin de saga bâclée : le caméo plus qu’improbable d’un ancien Beatles (je vous laisse deviner hein), l’apparition finale plus que ridicule de Keira Knightley (mais d’où sort-elle ?!), et de manière plus générale cet happy end à vomir.

En sus de venir achever la lente descente d’une saga qui n’était finalement pas si mal (le premier opus, tout du moins), ce beau navet vient également ternir les filmographies plutôt respectables de Javier Bardem (je vous vois venir : oui, il était dans l’échec The Last Face) et Golshifteh Farahani.

 

A éviter pour les plus de quatre ans et demi ; navré pour leurs parents.


Le Roi Arthur : La Légende d’Excalibur

Mais quel teasing, quelle campagne de promo ! Je devais le voir. A part Agents très spéciaux : code U.N.C.L.E, très raté selon moi, il faut avouer que le Guy Ritchie nous a rarement déçu.

Scène d’introduction, déjà des combats : on en prend plein les yeux ! Et cela va continuer pendant deux heures, avec des effets visuels impeccables quand ils ne sont pas bluffants (je pense notamment à la première scène où Excalibur est utilisée).

Sur le montage et le découpage des séquences, on retrouve évidemment tous les gimmicks du réalisateur britannique (entre autres : fastcutting avec fort accent anglais en voix off, résumé accéléré de plusieurs années, scènes de vol où l’on suit de personnage en personnage, etc) et même certains de ses acteurs fétiches.

La réinterprétation du mythe, de cette légende usée s’il en est, est relativement habile : utilisée comme toile de fond certes, mais savamment réinterprétée quand il le faut (la proposition visuelle de comment Excalibur se trouve emprisonnée dans la pierre, notamment).

Côté casting, c’est quand même du bon produit : Charlie Hunnam, toujours plus baléze, assure le job haut la main et c’est tout ce qu’on lui demandait ; Jude Law n’est pas si mauvais dans le rôle du méchant on ne peut plus archétypal ; Astrid Bergès-Frisbey, alias Syrena (n’oubliez jamais), est toujours aussi pénible que son nom est relou à écrire en raison notamment du ton le plus monocorde de l’Histoire ; enfin on adore la présence de Djimon Hounsou (Gladiatorrrrrrr) et celle, trop furtive mais ô combien imposante, d’Eric Bana. Et oui, il y a bien un caméo de Monsieur David Beckham.

 

Ajoutez à cela une bande-originale assez grandiloquente, un combat final très jeu-vidéo mais tout de même à couper le souffle, 175 millions de dollars, et vous obtenez un excellent film d’action qui vide la tête.

Seule mauvais nouvelle, ça pue la suite…