Nightmare Island

Qu’il est parfois reposant d’aller voir un film dont on sait qu’il sera mauvais : au mieux c’est un nanar, au pire on pourra rigoler et expliquer pourquoi c’était nul. La réalisation précédente de Jeff Wadlow étant Action ou vérité, je me dirigeais probablement vers la seconde catégorie.

Ce plaisir de ne jamais être déçu en allant consciemment voir un film nase explique probablement les carrières de Dany Boon ou Kev Adams, va savoir…

 

Le concept, adapté de la série L’ïle fantastique des années 70, n’était pourtant pas si mauvais : une île paradisiaque où tous vos rêves prennent forme, mais à quel prix… Naturellement nous sommes en 2020, donc il fallait respecter la recette de tout bon film à micro-budget (7 millions de dollars, OMG !) qui veut faire du pognon, à savoir : des meufs à gros boobs nues, des jump scare faciles, un peu de gore mais pas trop, et une star sur le retour qui avait besoin de payer ses impôts.

A mon plus grand désespoir, cette « star » est Michael Peña, que j’ai tant aimé par le passé (Fury, End, of Watch, Babel, etc) et qui avait déjà bien entamé sa chute avec La Mule et surtout…Dora et la cité perdue (Dora l’exploratrice le film). Oui oui. Il interprète ici l’espèce de « Parrain » bedonnant de l’île, ersatz de Docteur No, et on sent que cela le faisait bien chier d’être là. Tu me diras vu le budget du film, il a plus dû se faire plaisir au catering qu’avec son cachet !

 

S’il fut un temps où l’on pouvait se payer le luxe de regarder des films si mauvais, il n’en est plus rien. En effet la multiplication des productions a vu émerger tant de films dans la même catégorie, mais avec la qualité en plus.

Ainsi, il serait plus judicieux que ce Nightmare Island (Fantasy Island en VO : mais pourquoiiiiiiiiiiiiiii ?) et tous les films du même acabit sortent directement sur des plateformes ou, comme au bon vieux temps, en VHS.

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Le cas Richard Jewell

Ah Clint Eastwood…ce génie border sénile, qui n’a pas vraiment ébloui depuis Gran Torino (2009) et surtout dont les réalisations dérivent gentiment vers ses opinions personnelles à savoir patriotisme à outrance, peur des immigrés et amour des armes.

American Sniper était trop patriotique, J. Edgar trop pompeux, et Le 15h17 pour Paris et La Mule étaient carrément mauvais. Seul Jersey Boys dénote un peu tant c’était original au milieu de tout ça, et assez rafraichissant.

Donc forcément, un nouveau film inspiré par un fait divers assez peu connu en Europe (à tel point que le titre original composé uniquement du nom du protagoniste n’a pas suffi en français…) ne me donnait que très peu envie. Mais c’était cela ou une comédie romantico-machiste avec Franck Dubosc alors bon.

 

Et bien sans surprise, c’est très très dispensable. Déjà les 2h10 passaient laaaaargement en 1h45, mais alors laaaaargement.

Ensuite les personnages sont tous beaucoup trop « gros » et pénibles (même celui de Cathy Bates !), notamment celui d’Olivia Wilde à savoir la journaliste fouille-merde très très méchante mais qui réalise à la fin qu’elle s’en veut. Seul le rôle de l’avocat, interprété par ce génie de Sam Rockwell (coeur coeur), sort un peu du lot et offre même quelques sourires.

Paul Walter Hauser, l’inconnu au bataillon qui campe le personnage principal en raison de sa ressemblance physique avec « le vrai », joue plutôt bien (dans la mesure permise par le rôle) et a le mérite de donner un premier rôle en surpoids (chose rare dans un pays comptant pourtant 93 millions d’obèses).

 

En somme une énième preuve que les bons faits divers ne font pas les bons films (coucou Traque à Boston !), que le père Eastwood ferait mieux de passer sa retraite à chasser avec ses copains de la NRA, et qu’il n’y a pas grand chose à se mettre sous la dent au cinéma en ce moment !

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La dernière vie de Simon

Titre étrange, bande-annonce intriguante, réalisateur et comédiens inconnus au bataillon (si ce n’est Nicolas Wanczycki, et encore), pitch de SF qui semble cacher autre chose (« À 8 ans, Simon est orphelin et souhaite trouver une famille d’accueil. Il possède un pouvoir : prendre l’apparence des personnes qu’il touche ») : la recette d’une bonne surprise ? Oui messieurs dames !

 

Mais quel bonheur, de A à Z, de découvrir un film français si ambitieux et si original. Bien sûr les effets visuels ne sont pas parfaits, mais avec le budget que l’on imagine aisément c’est un tour de force. Et puis au final on s’en fout, le propos et la qualité ne sont pas là.

L’essentiel réside dans ce conte au coeur des forêts de Bretagne (qui, définitivement, vous gagne), aux couleurs saturées Wes Anderson-esques, aux enfants comédiens tout mignons, au scénario original (espèce en voie de disparition) et à cette folle histoire.

 

NON le Cinéma français ne se limite pas à Dany Boon et aux Ducobu, et OUI les français peuvent faire des films de SF qui ne sont pas ridicules malgré des budgets qui le sont souvent.

Chose rare sur ce blog, je vous invite chaudement à aller voir ce film : à la fois pour passer un bon moment, et comme acte militant. Pour détourner une formule consacrée en politique, « nous avons le Cinéma français que l’on mérite ».

En offrant à ce genre de films, produits en régions par de « petites » sociétés et ensuite distribués par des indépendants, des chiffres similaires ou presque aux grosses machines sans saveur, vous donnez tort au cynisme du marché et faites (un peu) reculer la connerie.

Ouais, rien que ça.

PS : mention spéciale pour Camille Claris, impeccable dans ce rôle ô combien bancalos.

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The Gentlemen

Etrange réalisateur ce Guy Ritchie : cantonné par son talent à un seul genre, celui qu’il a inventé, à savoir les films de gangsters/petites frappes/mafieux crados anglais, avec un montage très spécifique et des dialogues à la fois classes et vulgaires (et ouais, pas simple).

Du coup sa carrière est en dents de scie, et c’est peu de le dire ; depuis RocknRolla en 2008, rien de grandiose à se mettre sous la dent. Mais bon, je ne demandais qu’à changer d’avis.

 

Et c’est à moitié chose faite ! Revenant à ses premiers amours, on retrouve une succession de scènes mêlant comique et violence : tout le Ritchie qu’on aime.

On apprécie tout particulièrement le langage soutenu des dialogues, aux effets soigneusement ménagés. A l’image du style de montage très reconnaissable (et souvent imité), chaque phrase dispose de son rythme, de ses petites piques. Un régal.

Et ce casting… Matthew McConaughey, mon « man crush », est impérial ; le mafioso le plus classe de Londres. Hilarant et indispensable malgré un rôle (trop) secondaire, Colin Farrell est mon petit pref’ du film ; Jeremy Strong et Henry Golding font office de seconds rôles de premier choix (oui oui, cette phrase a un sens).

 

En bref Guy Ritchie semble avoir retrouvé le droit chemin. Ce film sera vite oublié, mais il constitue la preuve tant attendue que le réalisateur de (seulement) 51 ans en a encore sous la pédale.

PS : on notera l’auto célébration pas très fameuse, avec la présence de l’affiche de Agents très spéciaux : Code UNCLE sur le mur du décor des bureaux Miramax.

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Uncut Gems [Netflix Only]

La société de production A24 Films fait partie des petits bijoux actuels d’Hollywood, c’est peu de le dire. Créée en 2012, elle a déjà remporté plusieurs Oscars dont notamment pour le documentaire Amy et l’excellent Moonlight. Encore plus que pour ce-dernier, elle refait le coup ici en livrant un film à la fois exigeant, « arty » et grand public, réalisé par les très en vogue frères Safdie.

LA bonne surprise c’est évidemment Adam Sandler ! On remerciera Jonah Hill de ne pas avoir été dispo, car ne serait-ce que par son âge il n’avait pas les épaules pour ce film. Ni ce côté légèrement vulgaire qui va si bien à Sandler.

Sur le reste du casting rien à noter, si ce n’est le rôle relativement important dévolu à la légende Kevin Garnett ; qui ne s’en sort pas si mal.

 

Comment expliquer la qualité de ce film ? Le savant mélange d’un rythme effréné, d’un héros/zéro monsieur tout le monde mais version mafieux à la Guy Ritchie, et surtout d’une mise en scène aux petits oignons.

Allez c’est décidé, je file (enfin) voir Good Time des frères réalisateurs !

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Jojo Rabbit

Taika Waititi fait partie des quelques auteurs/réalisateurs qui parviennent encore à livrer des films américains originaux. Et pour cause, il est néo-zélandais. Vampires en toute intimité est une petite perle de rire à moins de 2 millions de dollars (à voir sur Netflix) et Thor : Ragnarok est selon moi le dernier film de super-héros un tant soi peu rafraîchissant.

En bref ce Waititi était à suivre de près. Petit frisson donc, lorsque fut annoncé ce nouveau projet loufoque : au coeur de l’Allemagne nazie, un petit garçon de dix ans a pour ami imaginaire le Führer himself !

 

Premier constat : le petit Roman Griffin Davis joue relativement bien et en bonus il ressemble étrangement à sa mère fictive, Scarlett Johansson ; son jeune ami est campé par Archie Yates, petit joufflu qui semble être le sosie de Nick Frost enfant ; Sam Rockwell est extrêmement juste et touchant ; enfin le petit rôle de Rebel Wilson m’a paru aussi inintéressant que l’apparition de Stephen Merchant fut agréable.

Est-ce que c’est la poilade constante ? Clairement pas. Ce film n’est ni plus ni moins qu’un petit compromis entre l’humour habituel du réalisateur et le côté conte attendrissant à la Wes Anderson.

Un film agréable, osé, unique, mais sans plus.

PS : je vous invite à lire l’histoire de la chanson « Komm, gib mir deine Hand » des Beatles, présente dans le film.

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Les Traducteurs

Voilà une bande-annonce qui ne me tentait absolument, mais alors absolument pas. Seule la combinaison improbable de ma curiosité professionnelle (casting européen de très bon niveau, assez rare en France) et de l’infinie étendue de mon temps libre en ce moment m’ont mené à cette « rencontre ».

A voir la quasi absence de plan de communication autour du film, laissant la « case » film français entièrement libre pour Lion (seigneur Dieu), on peut se demander si Alain Attal (le producteur) et surtout Mars Films (le distributeur) croyaient vraiment à ce long-métrage de Régis Roinsard (son deuxième après Populaire). Leur expérience leur donne raison, les chiffres sont mauvais…

 

Car le film aussi ! Sans parler du parti visuel complètement absent (un robot aurait pu fixer les angles de caméra, les valeurs de plan, la lumière, le montage, etc), l’histoire s’emmêle les pinceaux avec une narration à « twists » se revendiquant dans le style d’Agatha Christie. Je vous passe la morale à deux sous sur l’argent qui corrompt la production littéraire, et les hommes avec ; édifiant.

Mais ce n’est pas le plus nul, oh non ! La déception et l’horreur viennent de la seule chose qui pouvait maintenir le tout à flot : le casting.

 

Autant je savais qu’Olga Kurylenko n’était nullement réputée pour la qualité de son jeu, que Sara Giraudeau m’est proprement insupportable et que Lambert Wilson surjoue toujours au Cinéma (attention les yeux pour De Gaulle, qui sort bientôt). Mais alors si on m’avait dit que des comédiens comme Alex Lawther, Sidse Babett Knudsen ou Riccardo Scamarcio pouvaient jouer si faux, je ne l’aurais pas cru.

Ce problème de jeu est amplifié lors des scènes collégiales, c’est-à-dire réunissant tous les fameux traducteurs, et elles sont bien trop courantes. Imaginez : un des protagonistes prononçant, gauchement et à haute voix, la phrase « Le coupable est parmi nous ». Aïe…

 

Je ne pensais pas dire ça de mon vivant, ni même depuis l’outre-tombe d’ailleurs, mais la seule bonne surprise de ce film est la capacité à jouer la comédie de Frédéric Chau. Ah je ne vous ai pas dit ? Personne ne connaît les vrais acteurs chinois chez nous, donc on prend direct Frédéric Chau, normal.

PS : allez pour bien enfoncer le clou, je vous mets la plus belle affiche !

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