Terminator: Genisys

Je n’ai vu que les deux premiers Terminator, paraît-il les meilleurs, sans vraiment accrocher sauf peut-être avec le second. Tout ça pour dire que je n’avais aucune attente particulière.

Ce film a clairement pour vocation de relancer une trilogie (déjà confirmée), et réexplique donc toute l’histoire de la catastrophe nucléaire et de skynet au spectateur. Petit détail sympa, l’incrustation dans l’histoire de scènes du premier film…évidemment cultes.

Ce bon vieux Schwarzy, ici à la fois en jeune (à grands renforts d’effets visuels plus ou moins agréables à l’œil) et en « actuel », est toujours comique de froideur dans le rôle de notre robot préféré à tous après Astroboy. Mais la mécanique est vieillotte: un come-back ça va, trois cela n’ira plus. Les autres rôles, déjà présents dans les autres opus de la saga, sont ici interprétés par de nouveaux acteurs (pourquoi pas…): Emilia Clarke, plus ou moins fadasse, est néanmoins un bon choix en ce qu’elle est à la fois banale et pas trop vilaine (exactement comme l’était Linda Hamilton); Jason Clarke, que j’adore, reprend sans fioritures le rôle de John Connor; enfin Kyle Reese, véritable héros et père de John, est campé par un des monsieur muscle les plus anodins d’Hollywood, j’ai nommé Jai Courtney.

Quant au scénario, je dois avouer que toutes ces histoires de voyage dans le temps vont ici un peu trop loin et surtout permettent toutes les inepties scénaristiques possibles et imaginables. Les scènes d’action et de combat, évidemment pas trop dégueulasses, ne sont pas à la hauteur de celles du second opus pourtant sorti en 1991…et je pense notamment aux Terminators en « métal liquide ». Enfin, vers la fin du film, j’ai assisté avec horreur à une scène d’hélicoptères qui remet en question toutes mes notions de réalisme au cinéma.

 

Pour faire court, deux défauts majeurs à retenir: des touches d’humour trop rares (le fameux standard Marvel…) et un film beaucoup trop long.

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Love and Mercy

Un film sur le leader des Beach boys, avec Paul Dano et John Cusack ? Mais j’achète direct les mecs ! Dommage, c’est complètement raté…

En effet, à trop vouloir faire un biopic original et non commercial, ce film est tombé dans l’excès: on ne suit pas la vie de Brian Wilson, mais seulement celle d’un homme sous l’emprise d’un tyran (pourtant interprété ici par l’excellent Paul Giamatti).

Dieu que ce film aurait pu être bon: la vie de Wilson, véritable cerveau du groupe et génie bridé par les exigences commercialisantes des majors; et puis, encore une fois, ce casting en or…

Malheureusement il n’y a aucun rythme, les scènes du personnage vieux (joué par Cusack) sont péniblement chiantes et les délires psyché du personnage jeune (Dano) sont inutiles et répétitifs. La seule chose à garder sont les scènes de composition et de studio, trop rares.

 

Un bien beau gâchis. Au moins, pour une fois, le titre n’a pas été perverti (c’eût été un scandale, étant donné que c’est celui d’une chanson du héros…).

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Un moment d’égarement

N’attendre que quarante ans pour faire un remake d’un Claude Berri avec, entre autres, le grand Jean-Pierre Marielle: c’est osé. Grâce à un casting quatre étoiles, c’est gagné.

Attention tout n’est pas à garder: on pense notamment au ridicule et forcé accent corse de Cluzet, au stéréotype (volontaire) de « jeunes » que sont les deux jeunes filles, au cantonnement de l’excellent Cluzet à des rôles de psychopathes qui bute des animaux, ou tout simplement aux scènes de quiproquo un peu faciles…

Voilà pour la critique. A part ça, ce film est un très bon divertissement: humour omniprésent (a-t-on déjà vu Vincent Cassel aussi comique ?!), érotisme à la limite du tenable (Lola Le Lann, pour son premier film tout de même, ne vous laissera pas indifférent); quant à Alice Isaaz vous savez que j’ai eu un énorme coup de foudre pour elle dans Fiston…), et surtout une tension de plus en plus palpable… Une sorte de La Piscine incestueux et sans Romy, très curieux.

 

Ce n’est pas un grand film, mais un très bon moment. A ne pas partager avec ses parents/grands-parents/frère-sœur…mais entre mecs qui veulent se rincer l’œil !

UN+MOMENT+D+EGAREMENT


Le fou des sacs, ou le racisme ordinaire

Une histoire qui vaut son pesant d’or : pour ce qu’elle révèle sur notre société et pour le personnage, exceptionnellement original. Cet homme si vous le voulez bien nous l’appellerons Roger, désolé les Roger, pour m’éviter de longues et éprouvantes périphrases. Merci bien. Roger donc, ne passe pas inaperçu : à moitié bossu, son visage indique un manque d’hygiène qui ne date pas d’hier. A ce physique peu flatteur s’ajoutent des habitudes peu communes : notre ami Roger vient au magasin un jour sur deux pour acheter douze paquets de riz micro-ondables identiques, ainsi qu’une dizaine de paquets de mouchoirs, et ce précisément 5 minutes avant la fermeture. Ce n’est pas tout, mon enseigne de magasin, comme toutes les autres, vend des sacs plastiques de bonne qualité à quinze centimes : et bien monsieur en prend une vingtaine, afin de ne placer qu’un seul et unique article (sachet de riz ou mouchoirs) par sac. Et tout ce cérémonial se répète tous les deux jours ! Je me suis longtemps dit que Roger avait peut-être trouvé le moyen de changer les sacs plastiques en or ou en pétrole…mais il est plus probable qu’il soit juste dérangé.

J’en ai eu la confirmation un soir où mes collègues, ayant vu l’énergumène, me font la politesse de tous fermer leurs caisses. Un grand classique, qui fait toujours son effet à 21h55 après une bonne grosse journée. Je me dois à ce point de l’anecdote, et d’ailleurs du livre, de vous préciser que je suis non seulement le seul garçon en caisse mais aussi le seul « blanc » de tout le magasin (à part chez les cadres, bien-sûr). Je pense que tous ceux qui ont l’habitude de faire des courses (surtout tard le soir) ne seront pas choqués. Bref, Roger se dirige vers ma caisse, déjà un peu énervé d’avoir été refusé partout ailleurs. Alors quand un des vigiles arrive pour lui dire de se presser un peu dans son rituel interminable, c’est la cerise qui fait déborder le vase. Roger se lance à pleine voix dans un monologue à peine compréhensible : « Alors voilà ! On est un brillant médecin pendant 30 ans, tout ça pour se faire engueuler par un sale vigile ! Et noir par-dessus le marché ! Forcément…il n’y a pas de hasard : le seul qui accepte de me servir dans ce magasin c’est un blanc. Et après on me dit… ». Après ça il bafouillait trop, mais je pense que vous avez saisi le message principal : ce phénomène a été médecin ! Non, sans rire : « il y a trop de noirs et d’arabes dans mon supermarché ».

Je pense malheureusement que si Roger est le seul que la folie (et peut-être l’excès de riz ?) pousse à crier ce genre d’horreurs à son caissier, il n’est certainement pas le seul à le penser. Comme Diam’s[1], j’aimerai pouvoir me dire que ce n’est pas « ma France à moi », cette France qui « vote extrême » et « prétend s’être fait baisée par l’arrivée des immigrés ». Mais là je me la prends en pleine face, fermer les yeux ne suffit plus. Pour ne pas tomber dans le jeu des extrêmes, justement, il faut se poser les bonnes questions plutôt que d’accepter les réponses qu’ils nous proposent. « Pourquoi n’y-a-t-il presque exclusivement que des gens de couleur dans ton supermarché Roger ? Probablement parce qu’il y a trop de blancs chefs d’entreprises ». Même Roger comprendrait la bêtise de ce raisonnement…s’il était un peu moins fou, je vous l’accorde. Mais pour les autres, ceux qui le peuvent, il vous suffit d’engager plus facilement un noir ou une arabe et je vous jure qu’il y aura plus de blancs dans vos supermarchés, c’est mathématique !

[1] Dans sa chanson Ma France à moi, sur l’album Dans ma bulle.


La résistance de l’air

Un champion de tir sportif à 300 mètres a de gros problèmes d’argent…je vous laisse deviner la suite. Ben ouais, il va buter des gens.

Vous le savez surement, je suis complètement amoureux de Reda Kateb, et encore plus depuis l’immense Loin des hommes. Je n’hésite donc plus à aller voir tous ses films, sans même voir la bande-annonce.

Et j’ai bien fait ! Ce film est très bien ficelé, entre la lente manipulation du héros par un excellent Johan Heldenbergh, des scènes de tir très bien filmées (vous noterez que rares sont les films sur le sujet…) et une lente descente aux enfers…

Reda sort enfin, et je m’en réjouis, du rôle de « rebeu » qu’on lui confie trop souvent; Ludivine Sagnier, toujours aussi charmante (voir Tristesse Club), fait le job; enfin Tchéky Karyo, dans un rôle peu présent mais capital, est un excellent vieux « casse-couilles ».

La fin, non prévisible bien que la seule envisageable, est satisfaisante.

Un bon petit film bien de chez nous, ça fait zizir.

PS: Enfin une affiche originale, nom d’une pipe !

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Comme un avion

Ce film, c’est tout le cinéma français que j’aime: simple à mourir, mais empreint d’une poésie folle. La poésie ne vous apprend rien, ne sert à rien, mais putain que c’est beau. Et bien là, tout pareil.

C’est l’histoire d’un mec d’une cinquantaine d’années un peu paumé, qui malgré son âge se passionne pour des trucs absurdes et pour lesquels il ira jusqu’au bout. Je me reconnais totalement dans ce personnage: le temps d’une semaine ou d’un mois je sais devenir le spécialiste de mon sujet du moment, des hydroptères aux piscines hors-sol. Ici notre héros, interprété à merveille par le réalisateur et auteur du scénario Bruno Podalydès, ressent un besoin irrépressible de se mettre au vert et de faire du kayak. Son dernier film, Adieu Berthe, l’enterrement de mémé, étant déjà fort réussi…

Ce qui fait la richesse d’un tel film, ce sont toujours deux choses: le casting et la photographie (ben non Michel, pas les effets spéciaux…).

Le casting est selon moi un exemple du genre: Bruno Podalydès est brillant de justesse, et rappellera à coup sûr à chacun la part de personne paumée que nous avons tous en nous; Sandrine Kiberlain et Denis Podalydès incarnent des rôles trop peu présents à l’écran pour que je puisse les juger ici; la ravissante Vimala Pons, ici plus remarquable que dans Adieu Berthe, apporte une fraîcheur incroyable à l’ensemble du film; enfin Michel Vuillermoz, tout de même sociétaire du Français, est ici un mec complètement perché et donc hilarant. Mais la VRAIE beauté de ce film est incarnée par Agnès Joui, plus belle que jamais, qui du haut de ses cinq décennies n’a même pas peur d’une scène en full nude. Un sourire et une classe indépassable…

Toute aussi importante, la photographie signée Claire Mathon est à l’image du film: sublime de simplicité et de modestie, elle fait voyager le citadin sans aller plus loin que l’Yonne !

En bonus, vous aurez le droit à Pierre Arditi déjanté dans son propre rôle et à la fellation la plus hilarante de l’histoire du cinéma (même si à ma connaissance, il y en avait peu en compétition).

 

Que c’est beau un film comme ça, sorte de La grande belleza à la française (venant de moi, c’est un immense compliment)…cocorico mes amis ! Ce film mérite que vous alliez le voir: vous en ressortirez le cœur rafraîchi et vous aurez contribué à sauvegarder notre beau Cinéma.

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Un français

Beaucoup de bruit pour rien comme dirait l’autre… Selon moi à partir du moment où l’extrême droite et la violence sont d’actualité dans notre pays, on ne peut présumer la mauvaise foi du réalisateur dans le timing de sortie de ce film. Mais alors, qu’en est-il ?

Et bien pas grand chose à vrai dire. Si l’idée de suivre un skinhead nazi sur trente ans était bonne, le film n’en manque pas moins cruellement de rythme. La violence, crue et omniprésente, n’est jamais inutile contrairement à ce qui a pu être dit.

Il faut dire que la concurrence, si je puis dire, était rude: pour ne citer que les plus connus (les meilleurs ?), Danny Balint, Romper Stomper et bien sûr American History X. Autant être franc, nous en sommes ici très loin.

Pourtant le casting « envoyait du rêve », si vous me pardonnez l’expression: Alban Lenoir, que les fans d’Hero Corp connaissent bien, était un choix idéal vu qu’il a clairement la tête de l’emploi et un talent fou; Paul Hamy, encore inconnu, a je pense un bel avenir devant lui; Samuel Jouy est extrêmement juste dans le rôle d’un de ces soldats de la « nouvelle » extrême droite, qui ne s’éloigne jamais de son passé de « ratonneur »; enfin Patrick Pineau offre un peu de repos dans cet univers violent, et de bonnes inspirations à notre héros…

 

Le seul intérêt de ce film qui ne tient pas ses promesses, c’est d’ouvrir les yeux de ceux qui refusent encore de voir: de l’époque du minitel et de Sacrée Soirée à celle de la « Manif pour tous », rien n’a changé.

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