La Grande Muraille

Je pensais aller voir, qui plus est avec quelques pintes dans le nez, un bon gros blockbuster des familles. J’avais bien mal fait mes devoirs, car ce n’est rien de moins que le film chinois le plus cher de l’histoire (au moment de son tournage) et réalisé par Zhang Yimou alias Monsieur Le secret des poignards volants.

Au fur et à mesure que mon alcoolémie s’amenuisait, j’ai découvert toute la splendeur ce que peuvent faire des chinois avec 135 millions de dollars : des plans larges incroyables (combien de figurants ? C’est fou !), des décors et surtout des costumes de toute beauté (« Eric Judor, tu sors »), pour obtenir en somme un excellent divertissement.

C’est bien simple : mis à part les monstres (de gros lézards bien faits mais vus et revus), ce film est un excellent exemple du genre qui vaut mille fois un ratage complet comme Warcraft (par ailleurs également produit par Legendary Entertainment).

 

Naturellement, on ne peut que regretter la présence d’acteurs occidentaux qui ne servent qu’à vendre le film de par chez nous : Matt Damon a vendu son âme (et sa classe capillaire) pour payer ses impôts, et Willem Dafoe est descendu encore plus bas que le bouffon vert dans mon estime.

Vivement un film de cette facture sans acteurs hollywoodiens mais aussi bien distribué en France ; et si on veut pousser un peu, on demandera en prime un peu de sexe ou au moins de romance (qu’ils sont chastes ces chinois…).

 

En bref, une bonne petite surprise du dimanche soir : aucune prise de tête, et même une 3D pas gerbante pour un sou. Plaisir !

PS: elle est pas mignonne comme tout la Jin Tian ?

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Live By Night

Un mob movie au casting de dingo, réalisé par l’artisan de films comme Argo ou The Town : j’étais en mesure d’attendre un petit bijou.

Le genre est galvaudé, cela ne fait plus aucun doute ; mais alors je n’aurais pu anticiper, de la part de Ben Affleck, un héros si banal. En effet ce quidam devenu chef de mafia locale n’est rien d’autre qu’un humanitaire en fait…il tue à toute berzingues, mais seulement des méchants hein ; et puis « vous savez en vérité j’aide les gens avec mon alcool de contrebande ». Bref, ce personnage n’offre rien de neuf sous les tropiques.

Seules choses à retenir de ce film : la prestation assez bluffante, en jeune vierge effarouchée qui cache bien son jeu, de la ravissante Elle Fanning ; un Brendan Gleeson assez peu présent mais dont l’ombre pèse sur tout le film tant il est un pur génie ; enfin ce génial Chris Cooper, dans un rôle qu’il semble ne jamais avoir quitté, mais dont on ne peut que concéder qu’il le maîtrise comme personne. Sienna Miller ? Une fausse promesse.

Enfin, pour rendre à César…je dois avouer que la « bataille » finale est très bien menée. Malheureusement le film ne s’arrête pas dessus.

 

En bref, une déception !

PS: pourquoi nous autres français n’avons-nous jamais droit à ces belles affiches stylisées ?

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Ouvert La Nuit

Je suis bien content qu’Edouard Baer revienne sur le devant de la scène, notamment grâce à sa brillante matinale sur Nova. C’est que c’est un sacré personnage, du genre que l’on chérit ou que l’on déteste.

Personnellement je l’adore : c’est un peu le Vincent Delerm du comédien, en bref ce que la rive gauche (combo Stanislas + Ecole alsacienne, tu fais pas plus puriste !) a fait de mieux.

 

Ce film est une belle chronique du pauvre type mêlée à une ode à Paris la nuit : c’est tendre et inutile. Comme les films français qu’on adore.

Quelques répliques bien senties certes, mais là n’est pas le cœur du sujet ; c’est plutôt la vie qui nous dépasse, mais une vie épicurienne et parisienne en somme.

Le casting minimaliste est réussi: Baer irradie, en recourant probablement à pas mal d’improvisation; Sabrina Ouazani le suit dans ses délires; Audrey Tautou résiste, et me fait presque oublier sa pénible OdysséeMichel Galabru nous fait rire une dernière fois, depuis la tombe

 

Un moment hors du temps, qui donne envie d’aller boire des coups à Saint-Germain en été et de se souvenir que cela peut se limiter à ça la vie. Quelques fois !

PS: toutes mes excuses pour cette pitoyable affiche, je n’ai pu trouver mieux.

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xXx : Reactivated [Avant-Première]

Avec un titre pareil (qui croyez-le ou non, et une version française…l’original étant Return of Xander Cage), on ne peut s’attendre qu’au meilleur !

Cela commence très fort avec une séquence complètement inutile entre Neymar et Samuel L. Jackson, suivie de notre cher Vin Diesel qui traverse la jungle en ski sur de la grosse dubstep. Rien que ça.

Pour vous la faire brève, c’est enfin du nanar purement assumé: bien plus que les précédents opus de la saga, on atteint ici la haute atmosphère où évoluent les Sharknado et autres Machete. Du bonheur.

Un film fait par des beaufs pour les beaufs: de la motocross sur la mer, un asiat dont le pouvoir est de mettre une ambiance de folie (si si, je vous promets), des grosses punchlines à la Expendables et des femmes bonnes et connes (sauf la seule un peu badass…qui naturellement est lesbienne).

Par ailleurs, on notera qu’ils ont perverti au passage Tony Jaa, qui se confond dans le ridicule, et Donnie Yen alias Monsieur Ip Man.

 

En bref, une bonne tranche de rire à partager entre potes !

PS: elle est pas magnifique cette affiche ?!

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Nocturnal Animals

J’avais trouvé A single man long et pénible: trop stylisé, pas assez raconté; pas pour moi. Et puis on m’a dit: « Tu as vu Nocturnal Animals ? C’est une dinguerie ! ». A peu près tous les jours pendant deux semaines; j’y suis donc allé.

Dire que ce film est « léché » est un euphémisme sans limite, tant chaque plan est un tableau, chaque éclairage une splendeur, et ce dès les tout premiers plans (de grosses dames toutes nues qui dansent, étrangement hypnotisantes !).

Ce film présente deux histoires croisées, intimement liées: une magnifique histoire d’amour déçu, rattrapée par la vie, et un thriller angoissant à la Deliverance qui se transforme en True Detective texan. L’entremêlement des deux histoires, ainsi que les partis pris visuels distinguant les deux, sont tout bonnement bluffants. A souligner, le tout est porté par un score grandiose, presque bondesque.

 

Et ce casting ! Jake Gyllenhaal, après Demolition et Night Call, confirme une fois de plus qu’il est un grand acteur et que Prince of Persia est loin derrière lui; Amy Adams ne m’a pas horripilé, et c’est déjà énorme (commencerais-je à l’apprécier ?); Michael Shannon est bluffant, offrant je pense une de ses meilleures prestations; enfin Armie Hammer, qui commence à être bien présent, est un cast idéal pour le mari goujat.

Mais la vraie surprise, le vrai rôle choc de ce film, est celui de Aaron Taylor-Johnson: sa prestation, qui lui a valu un Golden Globe, est digne des plus rodés. Son personnage de redneck faussement attardé atteint un niveau de sadisme rare, et chacun de ses sourires vous fera frissonner.

 

En bref ce film d’ambiance est maîtrisé de A à Z, à tel point que l’on peine à croire que c’est seulement le deuxième long du créateur de mode.

A voir de toute urgence.

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La jeune fille sans mains

Face à la suprématie qualitative évidente de l’animation française (si ce n’est pas déjà fait, foncez voir La tortue rouge et Ma vie de courgette !), je ne pouvais pas rater le prix du jury de l’année à Annecy.

Premier choc, visuel: le dessin est extrêmement minimaliste, l’œil met un certain temps à s’habituer à ces enchaînements d’images qu’il n’a jamais perçus. A mi-chemin entre une aquarelle et le concept de La linea d’Osvaldo Cavandoli, ces contours ondulents sont tout simplement hypnotisants…

Deuxième choc, la simplicité de l’histoire: si le thème est loin d’être original, une énième reprise du mythe de Faust inspirée d’un conte des frères Grimm, son traitement est juste comme il faut. C’est un véritable conte.

On notera par ailleurs que les dialogues sont réduits à l’essentiel, tout en évitant la relative pesanteur du silence total rencontré par exemple dans La tortue rouge (cependant complètement sublimée par la musique de Laurent Perez del Mar). Le choix des voix, justement, est simple et efficace: Anaïs Demoustier et Jérémie Elkaïm pour le couple principal, et Philippe Laudenbach (oncle du réalisateur, Sébastien) et sa voix puissante pour incarner le diable.

 

En bref, une nouvelle perle de l’animation française : à voir d’urgence !

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Le Fondateur

Sept ans près le succès de son long-métrage The Blind SideJohn Lee Hancock revient en force avec un biopic osé et bénéficiant d’une campagne promotionnelle d’une ampleur rare (combien de pubs avons-nous tous pu voir sur Facebook ?!): la genèse d’une des plus grandes firmes au Monde, McDonald’s.

En tant que fidèle client, j’attendais ce film depuis ma plus tendre enfance. Enfin, le secret du double cheese ! Les coulisses du McFlurry Daim caramel ! Blague à part, c’est l’histoire bien plus classique de deux frères ayant eu l’idée du siècle pour se la faire piquer par un businessman né et sans scrupules (pléonasme ?).

Il y a quelques longueurs, quelques scènes trop vite expédiées (notamment celle, durant quelques minutes tout au plus, relatant la mise au point du concept-même du fast-food par les deux frères McDonald’s ; ce qui est fâcheux vous en conviendrez), mais surtout on ne parvient pas vraiment à comprendre à quoi ce film veut en venir…

Tout biopic, a fortiori lorsqu’il porte sur la vie d’un homme qui a tant changé notre monde actuel, se doit d’être à charge ou à décharge ou en tout cas de porter un message. Le Steve Jobs de Danny Boyle, plein de défauts par ailleurs, avait eu le mérite de bien respecter cette règle. Ici on ne sait pas si l’on doit vénérer le personnage de Keaton, grand manitou du capitalisme libéral, ou le détester pour sa perversion et sa trahison des frères génies (et indirectement pour son impact sur la malbouffe mondialisée ?).

Là où dans certains longs-métrages cette ambiguïté s’appelle nuance et s’apprécie indéniablement, elle s’apparente dans un film avec si peu de propos à une indécision chronique des scénaristes.

 

Côté casting: Michael Keaton confirme sa place de ressuscité d’Hollywood, bien que ce film soit qualitativement à des années lumières de Birdman ou de SpotlightNick Offerman n’a plus de moustache (Seigneur Dieu !) et se paie un second rôle plutôt pas dégueu; John Carroll Lynch joue le frère débile; B. J. Novak (The Office !) et Linda Cardellini (Scooby-Doo !) montrent leurs petites têtes, et ce n’est pas désagréable !

 

En bref, le biopic vite oublié sur la multinationale qui ne disparaîtra jamais !

PS: pourquoi nous autres gaulois n’avons-nous pas droit à cette jolie affiche ?!

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