Samba

Tout démarre sur un plan séquence: comme dans un lip dub, la caméra part d’un fou mariage ambiance années folles puis part en coulisses, puis en cuisine, puis enfin à la plonge. On y découvre notre héros Samba Cissé, interprété par Omar Sy; le piano triste de Ludovico Einaudi (son style est immédiatement reconnaissable) remplace la musique techno du mariage. Tout le film vient d’être résumé.

Ce film c’est l’histoire d’une rencontre entre une bourgeoise dépressive et un sans-papier sénégalais qui, sans le savoir, vont se changer la vie l’un l’autre. Si l’histoire d’amour en soi est un peu banale, le vrai mérite de ce film réside dans le fait de mettre un coup de projecteur sur ce monde parallèle des clandestins en galère: le poids d’une famille restée au pays, la peur de l’uniforme et des centres de rétention, les OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français). Un regard fictionné j’en conviens, mais au moins différent des documentaires télévisés sensationnalistes et des états des lieux politisés.

Bien qu’un peu long à mon goût, ce film réussit la parfaite alchimie entre humour et sujet grave; la recette que l’on peut désormais appeler « la recette Intouchables« , signée Eric Toledano et Olivier Nakache. En moins bien, nécessairement.

Le centre de l’attention, indiscutablement, c’est notre Omar national; il réunit les sourires et les angoisses du spectateur médusé. Mais la vraie star, selon moi, c’est Charlotte Gainsbourg: elle réussit à dégager à la fois une sorte de charme ingénu et la marque des fêlures du passé. Un très beau rôle pour la franco-brittanique.

Les seconds rôles principaux sont également de premier choix: Izia Higelin est ravissante et drôle à souhait (il serait d’ailleurs tant que je voie Mauvaise fille, qui lui a tout de même valu un César du meilleur espoir féminin) là où Tahar Rahim campe un algérien espiègle se faisant passer pour un brésilien, un rôle à des années-lumières de Un Prophète ou Le passé. Dans la rubrique révélation d’un acteur non-professionnel, après le héros de Bodybuilder (Yolin François Gauvin), je vous présente Youngar Fall, excellent dans le rôle de l’oncle de Samba. Enfin, on apprécie la présence d’Hélène Vincent alias la maman catho dans La vie est long fleuve tranquille!

 

Ce film va être un carton, il n’y a pas de doute; ce n’est pas un chef d’œuvre, mais si au moins cela peu sensibiliser ne serait-ce qu’une conscience…

Aucune solution n’est proposée, mais là n’est pas le propos d’un film: seulement de faire réfléchir (tout en divertissant), et cela fonctionne.

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Ninja Turtles

Quand j’étais gamin il y avait deux films que je voyais au moins une fois par semaine, sans jamais m’en lasser: The Mask, et Les tortues ninja (originellement un comic des années 80). Cette première adaptation cinématographique, en 1990, était en effet génialissime; puis malheureusement ont suivi deux films de piètre qualité, et une troisième adaptation plutôt pas mal mais en images de synthèse. Réjouissez-vous ! La relève est arrivée, le messie est de retour.

Prenez tout le folklore des tortues ninja, qui se suffit déjà à lui-même: des tortues mutantes qui font du ninjutsu grâce à leur maître/père un rat mutant géant, lesdites tortues portant des noms d’artistes italiens de la Renaissance et ne mangeant que de la pizza; ajoutez-y des effets spéciaux et des scènes de combat à couper le souffle (notamment la course-poursuite dans la montagne, ou la scène finale) et Megan Fox, oui messieurs j’ai bien dit Megan Fox, et vous obtenez un comic-movie de grande qualité.

Mais, j’oubliais: qu’est-ce qui fait la popularité de tous les comic-movies de ces dernières années? L’humour bien-sûr, qui est ici omniprésent et savamment distillé (notamment par Raphaël et Will Arnett, le pote humain de Megan Fox alias April O’Neil).

En fait ils ont pris le film préféré de mon enfance, ajouté Megan Fox, plein de pognon et l’humour Marvel: que demande le peuple ?!

Et je ne vous parle pas du crescendo des apparitions des tortues à la Godzilla, de la scène (malheureusement spoilée) de l’ascenseur, des références populaires (notamment à Batman ou à des séries), du petit rôle de Whoopi Goldberg ou encore de la tronche de Maître Splinter.

Côté casting on est aussi très bien servi: côté humain avec Will Arnett et surtout William Fichtner, mais aussi la voix de Leonardo assurée par Johnny Knoxville. Je vous ai dit qu’il y a Megan Fox?

 

Pour conclure comme il se doit je vais même être objectif (car je dois l’admettre, j’eus apprécié la moindre merde tellement ces quatre tortues sont toute mon enfance): le pote avec qui j’ai vu ce film, complètement ignorant des plaisirs testudiniens, a dit que c’était « clairement du niveau de Guardians of the Galaxy« . La messe est dite.

Ah non. Il y aura une suite en juin 2016, normalement avec le personnage de Casey Jones (oh yeah).

 

PS: Petit coup de gueule sur le titre. Soit on respecte le titre débile mais choisi depuis toujours en France, Les tortues ninja, soit on respecte le titre original à savoir Teenage Mutant Ninja Turtles. Mais couper la poire en deux comme ça, c’est dégueulasse.

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Gone Girl

David Fincher n’a réalisé que dix long-métrages en vingt-deux ans, et ce sont tous soit des chefs d’œuvre soit au moins des classiques. Le dernier en date ne déroge pas à la règle, loin de là.

Un homme part un matin, comme chaque jour, mais lorsqu’il revient sa femme a disparu et du sang se trouve dans la maison; à mesure que des flashbacks savamment distillés nous content leur histoire, tout donne à penser que le mari l’a tué. Mais est-ce si simple?

La tension ne cesse de monter alors que l’on va de surprise en surprise: à tel point que même la révélation sur la « situation » de sa femme, qui se trouve au milieu du film, est loin d’en être le climax ! De plus, et c’est là encore l’expression du génie absolu de Fincher, malgré ce climat constant de manipulation et d’angoisse l’humour est omniprésent. Je crois qu’on peut dire que c’est un film sur la folie, la vengeance, et aussi le poids de l’opinion publique dans les faits divers (a fortiori aux États-Unis).

Mais que serait un réalisateur de génie sans de grands acteurs? Pour moi la vraie révélation de ce film est Rosamund Pike qui, à part Jack Reacher et à la limite A long way down, n’avait jamais brillé dans des bons films. Elle est ici tout simplement bluffante (en plus d’être ravissante), suscitant un instant la haine et la seconde d’après l’empathie. Je peux dire sans aucun risque que tout cela sent la récompense de premier ordre ! Ben Affleck n’est pas en reste et livre également une performance impeccable, probablement sa meilleure (même si je reste assez fan de Pearl Harbor et Dogma). Neil Patrick Harris, plus connu sous le nom de Barney Stinson, sort ici totalement de son registre habituel (même si son personnage reste riche et classe) et ce n’est pas déplaisant ! Mention spécial à Tyler Perry, excellent dans le rôle de l’avocat cynique, et qui mériterait d’être plus connu en France (ses films sont d’énormes cartons outre-Atlantique). Enfin, la « poupée » du moment, Emily Ratajkowski (mais si, le clip de Blurred Lines !), ne m’a vraiment pas marqué (malgré des arguments très convaincants !).

Ce film vous prend à la gorge dès la première seconde et ne vous la lâchera que plusieurs heures après être sorti du cinéma, exactement comme avait pu le faire Panic Room, sauf que là même la fin est anxiogène.

Comme nous avons eu le réflexe de le dire avec un ami cinéphile: vivement les bonus du Blu-ray !

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Horns

Deux heures de film et pas une minute de trop, une histoire d’amour, une enquête/thriller et un délire SF: c’est tout ce qu’a à vous offrir Alexandre Aja avec ce film génial.

Le héros, Daniel Radcliffe, est accusé du meurtre de sa ravissante petite amie et toute la ville lui jette la pierre; c’est alors que des cornes commencent à pousser sur son front. Ces-dernières ont d’étranges effets sur la population, semblant pousser tout le monde au vice…ou seulement certaines personnes ?

Au fur et à mesure que le personnage principal apprend à comprendre ce qui lui arrive et mène l’enquête pour démasquer le véritable tueur, des flashbacks fort bien menés nous content l’histoire d’amour qui liait le couple depuis l’enfance.

Les effets visuels, de l’aspect « SF » (à défaut de mot plus approprié), sont très sombres et réussis; les clins d’œils biblico/théologiques sont très nombreux et l’humour est très présent (notamment avec les gens qui en viennent à dire tout ce qu’ils pensent, c’est toujours efficace); enfin même la bande originale, à base de David Bowie, des Pixies ou encore de Marilyn Manson, est parfaite.

Le casting est tout à fait à la hauteur: Daniel Radcliffe parvient, malgré un visage assez enfantin vous en conviendrez, à incarner avec brio ce que l’esprit de revanche peut faire à un homme; la ravissante Juno Temple (notamment Mr Nobody, un de mes films préférés), plus belle que jamais, est un choix idéal pour la petite amie assassinée; enfin même les seconds rôles sont des acteurs de premier choix avec Joe Anderson (Across the Universe), David Morse (filmographie longue comme mon bras ET de grande qualité), James Remar  (idem) ou encore Heather Graham (filmo beaucoup moins glorieuse, mais très mignonne).

 

Ce film est MA grande surprise de la rentrée, à tel point que j’ai presque envie de lire le roman de Joe Hill qui en est l’origine !

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Bodybuilder

Troisième réalisation de Roschdy Zem, c’est l’histoire d’un jeune à problèmes poursuivi par des créanciers peu recommandables et qui se réfugie chez son père bodybuilder…qu’il n’a pour ainsi dire jamais connu.

Le scénario, finalement assez léger (aucune connotation péjorative), suffit largement à porter deux choses qui font la qualité de ce film: le drame social et familial, la réunion d’un père et de son fils, et un regard sur ce monde étrange et parfois « secret » du bodybuilding. Si l’on peut regretter que le film n’aborde les sujets qui fâchent dans ce milieu, stéroïdes et autres substances illicites notamment, on comprend tout à fait que là n’était pas le propos: cet univers est seulement le cadre d’une histoire humaine.

Par conséquent la richesse de ce film réside dans son casting: au premier chef la découverte (et surprise) du siècle, Yolin François Gauvin, culturiste professionnel et champion du monde 2013, surprenant d’émotion avec sa gueule un peu cassée; Vincent Rottiers, avec ses airs de petite frappe (no offense), est parfait en jeune à problèmes; Nicolas Duvauchelle, que j’adore (que j’idolâtre?), interprète avec beaucoup de justesse le grand frère qui s’est calmé et fonde une famille; enfin, Roschdy Zem interprète lui-même le rôle de l’entraîneur dévoué, et plutôt sympathiquement je dois avouer.

Malgré tout ce film est plein d’humour, notamment dans la scène finale (malheureusement spoilée dans la bande-annonce); en parlant d’humour, saviez-vous qu’à l’origine Antoine de Caunes interprétait le rôle du père bodybuildé, et qu’il avait même commencé la préparation physique?

A voir !

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Dracula Untold

C’est un euphémisme, je suis un aficionado du « genre » vampiresque: des sagas Underworld et Blade au Bal des vampires, en passant par Daybreakers. Alors quand une nouvelle interprétation du mythe de Dracula sort au cinéma, a fortiori reprenant les liens historiques avec Vlad III L’empaleur (lien inventé par Bram Stoker) ET n’ayant pas cédé à la mode de la 3D, je ne peux passer à côté.

Et franchement, j’ai passé un très bon moment: de belles images (notamment les effets de chauves-souris lors des mouvements) qui font de bons combats, un scénario correct (malgré quelques incohérences et une certaine « liberté » historique) qui ne laisse pas de place à l’ennui, une pré-fin assez inattendue et bienvenue ainsi qu’une vraie fin très sympa et…annonçant une suite. Yeah !

Mais la vraie surprise de ce film, c’est le vampire originel (ici Caligula, oui oui l’empereur romain): Tywin Lannister ! Charles Dance, de son vrai nom, est tout simplement hypnotisant…vivement la suite. Luke Evans (Les Immortels, Fast and Furious 6, Le Hobbit), interprétant Dracula, fait le job avec honneur; Sarah Gadon (A Dangerous Method, Antiviral, Cosmopolis), belle muse indé de David Cronenberg, est ici sa femme; enfin Dominic Cooper interprète le méchant sultan turc.

Vous me connaissez, il ne m’en faut pas plus. J’ai kiffé.

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Brèves de comptoir

J’avais peur de l’humour franchouillard et lourdingue, la moyenne d’âge dans la salle et la production France 3 auraient dû me servir d’ultime avertissement…j’aurais mieux fait de déguerpir.

En effet ce film, reprise d’un recueil d’aphorismes entendus dans les bars et déjà adapté au théâtre par le réalisateur Jean-Michel Ribes, n’est qu’une succession de punchlines sauce Philippe Bouvard à faire rougir Anne Roumanoff. De plus l’impression désagréable de « théâtre filmé » est, tout comme dans Musée Haut, Musée Bas (du même réalisateur), omniprésente.

Quelle souffrance pour moi de voir de si grands acteurs (André Dussolier, Bruno Solo, François Morel, Laurent Stocker, Didier Bénureau, etc) se livrer à un si piètre exercice. Et je ne parle pas de l’inutile apparition du réalisateur mégalo, ni du mauvais jeu de sa fille…

Mais le pire dans tout ça: pour la première fois de ma vie, et Dieu sait que je vais souvent au cinéma et généralement pour d’énormes merdes, je me suis endormi pendant un film. Alors ok j’étais fatigué, mais cela reste lourd de sens !

A éviter, à moins que vous ayez plus de 50 ans et que vous aimiez vous gratter les couilles devant Drucker le dimanche.

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